« Le risque n’est plus le même »

Dr Brice Tchakam Kamtchueng, hydrogéologue, chargé d'études assistant à la Division de la coopération scientifique et technique au ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation.

Il y a 40 ans, une explosion de gaz dans le lac Nyos faisait près de 1 800 morts. Un projet de dégazage avait été lancé l’année d’après, en 1987. Où en est-on aujourd’hui ? Le dégazage artificiel du lac Nyos a com­ mencé en 2001, avec la mise en service d’un premier système de dégazage par co­ lonne auto-siphonnante. L’idée était d’uti­ liser la pression et la remontée naturelle du mélange eau-CO₂ pour extraire les eaux profondes riches en gaz et empêcher son accumulation. Pour accélérer le pro­ cessus, deux colonnes supplémentaires de plus grand diamètre ont été installées en 2011. Jusqu’en 2019, le lac avait été dé­ barrassé des quantités dangereuses de dioxyde de carbone (CO₂) accumulées avant le début des opérations. C’est une réussite scientifique et technologique im­ portante. Mais le dégazage n’a pas sup­ primé la source naturelle du gaz carbo­ nique. Le sous-sol continue d’alimenter le lac en CO₂. Le risque n’est donc pas défi­ nitivement écarté. Il est maîtrisé grâce à une combinaison de dégazage, de surveil­ lance scientifique et de prévention. C’est pourquoi le ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation, à travers l’Institut de recherches géologiques et mi­ nières et ses partenaires, doit continuer à consolider cette capacité nationale de sur­ veillance et d’anticipation. Quels sont les dispositifs d’alerte en cas de remontée du CO₂ dans le lac Nyos ? La première ligne de défense, c’est la sur­ veillance scientifique de la colonne d’eau. Elle repose sur la mesure de paramètres physico-chimiques : température, conduc­ tivité, pH, profondeur et concentration de CO₂ dissous, à l’aide de sondes CTD et d’au­ tres techniques géochimiques. Dans le ca­ dre de la coopération Cameroun-Japon, un système automatique d’observation a été installé sur le lac Nyos. Il permet un suivi en continu et la transmission à distance des données aux chercheurs. C’est une avancée majeure pour détecter les anoma­ lies. Mais, il faut être précis. Un dispositif scientifique de surveillance n’est pas un système complet d’alerte et d’évacuation. La vraie sécurité repose sur une chaîne complète : mesurer, analyser, détecter l’anomalie, confirmer, transmettre l’infor­ mation, déclencher l’alerte et organiser l’évacuation si nécessaire. Dans le contexte actuel du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, cette chaîne doit être ro­ buste. Les difficultés d’accès, les pro­ blèmes de communication et les déplace­ ments de populations imposent de compléter les dispositifs scientifiques par des relais locaux d’alerte, des plans d’éva­ cuation actualisés et des moyens de com­ munication adaptés. Quelles actions préventives sont me­ nées en faveur des autres lacs à risque comme le lac Monoun ? La catastrophe de Nyos a changé la façon dont le Cameroun surveille ses lacs volca­ niques. Le principe actuel est de ne pas at­ tendre qu’un lac fasse des victimes pour l’étudier. Le lac Monoun, théâtre de l’érup­ tion limnique de 1984, a fait l’objet d’un programme spécifique de dégazage et de surveillance. Le dégazage contrôlé y a com­ mencé en 2003 et a été renforcé en 2006. Le programm...

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