Produits toxiques : contrôles à resserrer

U ne pincée de mort aux rats entre les tas de pi­ ments, des bidons de formol alignés à même le sol à côté des étals d’épices, et des flacons de pesticides sans étiquette vendus à la sauvette par des vendeurs ambulants. Bienvenue dans les marchés et carrefours de nos villes, où des produits hautement toxiques s'achètent aussi facilement qu'un paquet de sel ou une botte de légumes. Le constat est frappant : au Cameroun, l’accès aux subs­ tances dangereuses s'est affranchi des règles élémen­ taires de sécurité. Le formol - composé chimique redou­ table destiné en principe aux laboratoires, aux morgues ou aux usines - se retrouve entre des mains inexpertes, parfois détourné dans la chaîne alimentaire. Les rati­ cides, véritables concentrés de poisons neurotoxiques ou anticoagulants, se négocient sans la moindre restric­ tion d’âge ou de savoir-faire. Le poison se paye désor­ mais à poignée de pièces, sans ordonnance, sans contrôle et surtout sans la moindre réserve. Le spectacle est désormais quotidien dans nos grands marchés comme aux abords de nos carrefours les plus populeux. Etalés à même le sol ou présentés sur de frêles étals de fortune, des flacons sans étiquette claire, des poudres douteuses aux couleurs criardes et des fioles de produits chimiques côtoient sans pudeur le pain quotidien, les légumes et les fruits. Cette banali­ sation frôle la négligence col­ lective. Il ne s'agit plus de cas isolés, mais d'une habitude an­ crée où la mortalité s'invite dans le quotidien par manque de discernement et de régulation rigoureuse. Intoxications alimentaires « mys­ térieuses », drames domestiques touchant des enfants ayant manipulé des emballages inappropriés, utilisa­ tions détournées à des fins suicidaires ou criminelles : la liste des dégâts s'allonge dans l'indifférence géné­ rale. Bien plus, nos aliments sont désormais souillés, sources de pathologies les plus mortelles. La banane-plantain qui mûrit aussi vite avant même que sa sève s’assèche après la coupe, du fait du formol que des mains crimi­ nelles aspergent pour accélérer ce mûrissement factice. Que dire de la banane, fruit charnu au goût sucré, qui séduit par sa peau fraîche, mais conditionnée dans du formol ? Par ailleurs, dans le registre des faits divers, l’on a noté des cas d’homicide à cause de la consomma­ tion par inadvertance de raticides. C’est que, dans nos ménages, les parents mettent ces produits acquis avec facilité, à la portée des enfants qui les confondent à des condiments ou autres vitamines. Ce qui est à l’origine de drames récurrents. Pourtant, ce désordre ne prospère pas faute de régle­ mentation. Au Cameroun, la vente des raticides est en­ cadrée par la réglementation sous-régionale de la Ce­ mac sur les pesticides, gérée par le Comité inter-Etats des pesticides d'Afrique centrale (CPAC) et au niveau national par le ministère de l'Agriculture et du Dévelop­ pement rural (Minader). Toute commercialisation de ces produits chimiques nécessite une homologation offi­ cielle préalable. Ce cadre légal dispose que les raticides doivent être officiellement homologués par le CPAC ou bénéficier d'une Autorisation provisoire de vente (APV). Les emballages doivent porter les numéros de décision du CPAC. Il interdit par voie de conséquence la commer­ cialisation des produits frauduleux. La vente de rati­ cides frauduleux, contrefaits ou non-inscrits sur la liste des pesticides homologués est formellement interdite sur les marchés et les rues. D’autre part, il faut relever qu’il existe une loi-cadre sur la sécurité sanitaire des aliments. La loi du 18 décembre 2018 dispose que si un commerçant met à la disposition des populations des aliments impropres à la consommation ou des produits agricoles souillés, il peut être puni d'un emprisonne­ ment de trois mois à trois ans et/ou d'une amende allant de 100 000 F à 2 millions de F. Face à cette menace silencieuse mais bien réelle, les demi-mesures ne suffisent plus. Il est urgent de tirer la sonnette d'alarme et d'exiger une réponse ferme de la puissance publique et des autorités sanitaires. En effet, les ministères en charge de l’agriculture, du commerce, de la sant&eacut...

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