Intelligence artificielle : innover sans perdre le contrôle
- Par Azize MBOHOU
- 23 Sep 2026 17:01
- Likes
U ne anecdote a épicé la saison des résultats des examens officiels au Cameroun. Il s’agissait des candidats qui ont régulièrement échoué, mais qui, par la magie de l’intelligence artificielle, ont pu être… « admis ». En fait, ils avaient juste eu la piètre intelligence de modifier la mention « Refusé(e) » qui s’affiche sur la plate-forme numérique de proclamation de résultats, par celle « admis(e) ». Et beaucoup de parents sont tombés dans le panneau. C’est l’un des clichés de l’ap propriation malsaine de cet outil technologique. De Douala à Garoua, la vague de l’intelligence artificielle s’est installée dans le quotidien. Génération de contenus, diagnostics médicaux assistés, optimisation agricole ou automatisations financières : l’IA promet d’accélérer le développement socio-économique du Cameroun. La Stra tégie nationale de développement (SND 30) affiche des ambitions claires : faire du pays un pôle d’innovation à l’horizon 2030. Bien plus, le Cameroun a lancé sa Stratégie nationale d’intelligence artificielle (SNIA) pour encadrer l’essor de cette technologie et stimuler la compétitivité. Les objectifs sont alléchants à l’horizon 2040. Le gou vernement vise la formation de 60 000 talents (dont 40 % de femmes), la création de 12 000 emplois directs et une contribution de l'IA à hauteur de 0,8 % à 1,2 % du PIB. L’IA est appelée à opti miser les rendements produc tifs et à transformer des fi lières essentielles pour l’économie réelle. Bien plus, elle vise la modernisation de l’État. C’est ainsi que des initia tives comme le projet GOV-AI (porté par le CENADI) visent à transformer numériquement l’administration publique, à traiter les archives et à accroître l’efficacité de l’action publique. En outre, les start-ups locales et l’écosystème numérique s’emparent de l’IA pour diversifier les services financiers, la santé et l’éducation. Cependant, l’enthousiasme technologique ne doit pas faire oublier une réalité capitale : sans régulation ni contrôle rigoureuse, une technologie puissante devient un facteur de risque majeur. Ceci à cause de ce que les spécialistes appellent « les angles morts de la transition numérique ». En effet, la démocratisation des outils basés sur l’IA générative soulève des défis immédiats. L’un des plus prégnants étant que l’utilisateur dispose en soi d’un minimum…d’intelligence. Car, l’utilisation de l’IA sans intelligence abrutit plus qu’elle n’inspire. D’autre part, la désinformation et la manipulation sociale ont at teint une proportion dangereuse, à cause de l’IA. La création de fausses images (deepfakes), de faux audios et de récits tronqués constitue une menace pour la co hésion sociale et la stabilité de la parole publique. Ils sont nombreux, des hommes politiques et acteurs de la scène publique, victimes de harcèlement cybernétique et d’attaques cybercriminelles, à cause des moyens nocifs et dolosifs mis sur pied par l’IA. Par ailleurs, la protection de la vie privée et la souveraineté des données se dégage comme un autre défi majeur. Car, comme le relèvent les experts, la majorité des algorithmes tournent sur des serveurs étrangers. En aspirant nos données lo cales sans cadre strict d’exploitation, ces systèmes posent un risque d’ingérence et de fuite massive d’in formations sensibles relatives aux citoyens. A ce niveau, se pose également un problème de prise en compte de nos réalités, par ces biais algorithmiques. Car, modélisés sur des réalités occidentales ou asiatiques, de nombreux algorithmes ne traduisent ni nos réalités socioculturelles, ni nos spécificités linguistiques, risquant d’accentuer la marginalisation de certaines populations. Dans ce contexte, il faut renforcer le dispositif de régu lation, d’encadrement non sans perdre de vue que cela peut paraître trop enthousiaste, voire chimérique. Néan moins, il est important de souligner qu’instaurer du contrôle ne signifie pas paralyser la création. Il s’agit d’ériger des gardes-fous éthiques indispensables au maintien de la confiance. Il serait peut-être indiqué de dépoussi&e...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)


Commentaires