« Les effets de la professionnalisation sont déjà visibles »

Pr. Jacques Fame Ndongo, ministre d'Etat, ministre de l’Enseignement supérieur.

Monsieur le ministre d’Etat, la rentrée académique 2026- 2027 a été officiellement lan­ cée ce lundi 5 octobre 2026. La communauté universitaire est-elle assurée de l’effectivité de ce nouveau chapitre ? Ce matin, dans les 11 Universités d’Etat, les Institutions universi­ taires internationales ayant pignon sur rue au Cameroun (Université panafricaine à Yaoundé et Buea, Université inter-Etats Congo-Ca­ meroun à Sangmelima, African Ins­ tiute for mathematical Sciences à Limbe, Université Catholique d’Afrique centrale à Yaoundé, Uni­ versité Protestante d’Afrique cen­ trale à Yaoundé, Institut Cosendai à Nanga Eboko), les quatre éta­ blissements académiquement pla­ cés sous tutorat par le ministère de l’Enseignement supérieur (EN­ STP à Yaoundé, INJS à Yaoundé, LINAFI à Limbe, SUPTIC à Yaoundé), les 602 Institutions pri­ vées d’enseignement supérieur, les cours se déroulent normale­ ment, dans le strict respect des canons imprescriptibles de la pé­ dagogie universitaire et des normes heuristiques universelles. Je félicite les Vice-chancellors et les Recteurs, les chefs d’établis­ sements, les enseignants, les per­ sonnels d’appui et les étudiants pour leur maturité et leur sens aigu du discernement. La professionnalisation des en­ seignements reste un élément majeur de la politique acadé­ mique nationale. Depuis son implémentation il y a trois ans, avec la réorientation de la loi sur l’enseignement supérieur, quelle appréciation faites-vous de l’adaptation des Universités d’Etat sur le terrain ? La professionnalisation des en­ seignements date de 2007 (adop­ tion du système LMD). Elle a été sanctuarisée par la loi d’Orientation promulguée par le chef de l’Etat, le 25 juillet 2023. Elle permet à l’Université d’allier au savoir-savant le savoir concret et pratique, pour matérialiser l’appui au dévelop­ pement qui est la troisième di­ mension assignée à l’enseigne­ ment supérieur par la Nation (en plus de l’enseignement et la re­ cherche). Ce volet qui est aussi appelé le « know how » ou sa­ voir-faire a connu une expansion fulgurante avec l’avènement (loi du 25 juillet 2025) du concept d’Université-Entreprise et du statut de l’étudiant-entrepreneur. Les ef­ fets induits sur le terrain sont vi­ sibles dans toutes les villes uni­ versitaires du Cameroun, voire au- delà. Tout le Cameroun vibre au rythme de la production entre­ preneuriale et du dynamisme pro­ fessionnalisant. Les étudiants pro­ duisent, transforment et commer­ cialisent les œuvres multisecto­ rielles issues de leur inventivité et de leur créativité. Ils contribuent à la maximisation du PIB, ils créent de la richesse et des emplois. L’auto-emploi est devenu un pa­ radigme dirimant. Comment, de manière concrète, les fruits de cette profession­ nalisation se voient-ils sur le terrain ? Les fruits de cette professionna­ lisation concernent le secteur pri­ maire (agriculture, élevage, pêche, artisanat, foresterie), le secteur secondaire (industrie), le secteur tertiaire (banques, commerce, af­ faires, économie numérique). Il n’y a qu’à venir au GETEC (Génie et Talent de l’Etudiant Camerounais) pour se rendre compte de la vir­ tuosité et de l’ingéniosité des étu­ diants et de leurs encadreurs (en­ seignants et technologues). L’accompagnement de parte­ naires comme les différents mi­ nistères et des entreprises de consultation privées, est-il suf­ fisant pour renforcer les incu­ bateurs professionnels ? Les étudiants-entrepreneurs (concept inhérent à la loi sus- visée) bénéficient, certes, de l’ac­ compagnement technique, logis­ tique, juridique, financier des par­ tenaires publics et privés. Exemple : le ministère des petites et moyennes entreprises, de l’éco­ nomie sociale et de l’artisanat of­ fre, désormais, annuellement, aux étudiants-entrepreneurs, 450 mil­ lions de F CFA destinés aux ju­ niors-entreprises (fonctionnement et équipements). Mais, au-delà de ces dons et appuis divers, il est demandé aux étu­ diants-entrepreneurs de transcen­ der le prototypage. Ils doivent créer de véritables entreprises pé­ rennes, crédibles, solvables et in­ duire d’authentiques chaînes de valeur. Ils doivent payer les impôts, affilier les employés à la CNPS, respecter toutes les prescriptions du droit du travail. Ils sont appelés à devenir des capitaines d’indus­ tries, y compris des industries cul­ turelles, touristiques, cinémato­ graphiques. D’aucuns sont déjà à ce stage. Je les félicite. Comment l’Etat s’assure-t-il que les produits des Institutions privées de l’enseignement su­ périeur (IPES) s’arriment eux aussi à cette professionnalisa­ tion engagée par l’Etat ? Les Institutions privées d’ensei­ gnement supérieur sont devenues de véritables creusets de la pro­ fessionnalisation et de l’Université entrepreneuriale. Dans toutes les villes du Cameroun, les IPES éta­ lent leur savoir-faire, avec talent, inventivité et intrépidité. La loi de 2023 concerne aussi bien les Universités d’Etat que les Insti­ tutions privées. Les IPES ont une dynamique association, l’ANIPES. Elle a monté un projet de microfi­ nance de deuxième catégorie (IPES-Finance), avec trois banques partenaires : CCA-Bank, EcoBank, UBA. Elle a mis en œuvre une phase liminaire : Guichet Univer­ sité-Entreprise/Etudiant-Entrepre­ neur : GU3E. Objectif : incuber, puis financer des étudiants-en­ trepreneurs, qui sont appelés à devenir d’authentiques chefs d’en­ treprises. La disponibilité d’infrastruc­ tures et d’équipements adé­ quats demeure un véritable frein au développement du concept de professionnalisation des enseignements dans les Universités camerounaises. Comment contourner cette dif&...

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