« Une restructuration profonde de la profession mérite d’être entreprise »
- Par Marie Christine
- 05 Oct 2026 05:00
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Dr Jean Roger Onah, sociologue.
Aujourd'hui, on dit plus faci lement « l'enseignant » et on voit moins le « maître » d'autrefois, craint et respecté. D'après vous, comment et pourquoi le regard de la so ciété camerounaise sur l'en seignant a-t-il tant changé en 60 ans ? Le regard de la société sur l’en seignant a effectivement connu, comme vous l’avez relevé, une mutation progressive. Une mu tation dont la tendance la plus visible est dépréciative, peu ins pirante. En un mot, l’enseignant est perçu et se perçoit lui-même comme la « risée de la société ». Cette image alambiquée s’est faite grâce à l’agencement des circonstances historiques et po litiques, des facteurs structurels mais aussi de la construction so ciale de leur identité au quotidien. Au plan historique et politique, l’adoption des plans d’ajustement structurel par le Cameroun à partir de la fin des années 1980 et durant les années 1990-2000 et la dévaluation du franc CFA en 1994, ont eu un impact si gnificatif sur la condition salariale des enseignants. Ce qui a conduit à une forme de déliquescence sociale et dans la même veine, à la précarisation des conditions de l’enseignant. Au niveau struc turel, la question lancinante des états généraux de l’éducation demeure actuelle, la corruption quasi-endémique observée dans certaines institutions éducatives, ainsi que les dysfonctionnements administratifs quant à leur prise en charge ont favorablement ali menté les revendications. En ou tre, le quotidien des enseignants reste marqué par une sorte de déclassification dans l’échelle so ciale, voire une dépréciation du point de vue symbolique. Les modèles et figures sociales ins pirantes de la jeune génération dans notre contexte, sont moins les enseignants, mais davantage les influenceurs, les sportifs pour ne citer que ceux-là. Cette per ception sociale dégradée, dégra dante ou du moins dévalorisée de l’enseignant s’exprime par de nombreux cas de violences subis, enregistrés, perpétrés par les élèves ainsi que les parents d’élèves. Nous avons des enseignants qui disent galérer et d’autres qui prennent leur retraite avec le sentiment d’un goût inachevé. Qu'est-ce que ce contraste dit de l'évolution de la vocation enseignante au Cameroun ? À la réalité, le sentiment nostal gique lié à une époque perçue comme reluisante et le rêve d’im migration nourri ardemment par certains enseignants ne tradui sent pas de mon point de vue, un contraste. Il s’agit là, des fa cettes expressives d’une réalité implacable. En effet, pour ce qui est des enseignants qui estiment que « c’était mieux avant » et ceux qui « rêvent de partir », ces agents convergent vers un point commun, le « mal-être » subi, ressenti et perçu par ces acteurs névralgiques de notre société. Suivant ce constat, cette situation procède bel et bien d’une évolution décadente. Tout ce qui précède, montre que l'évo lution de la vocation d’enseignant au Cameroun est un marqueur indéniable d’une société en crise de repères. Les difficultés matérielles de l'enseignant ne tuent-elles pas son prestige social ? La dimension matérielle constitue un pôle non négligeable de la déconstruction du prestige social de la condition de l’enseignant. Mais soyons réaliste. Que vaut socialement aujourd’hui un en seignant dans l’imaginaire col lectif face à un influenceur, un footballeur ou une footballeuse, ou encore un feyman (un homme d’affaires véreux) ? Dans une so ciété de « spectacle et d’artifices », en proie &...
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