Le Renouveau, ses mythes, ses vérités

Par Marie Claire NNANA

Aujourd’hui, le Renouveau a 44 ans. Le temps d’une vie d’homme, parfois. L’équivalent de deux générations, ou presque. Et si l’on se hasardait : « Dis, Renouveau, qu’as-tu fait de tes rêves de liberté et de prospérité ? » L’introspection aussi bien que l’analyse sur ce thème sont légitimes, puisque le Renouveau a vocation à perdurer et à continuer à guider la marche en avant du Cameroun. Par conséquent, on peut, et on doit éclairer les séquences de son par­ cours, de la fougue de l’année 82 au tournant électoral sidérant de 2025, en passant par les succès, les grandes réalisations, les acteurs majeurs, mais aussi les doutes, les batailles internes et externes… Lorsqu’il naît des fonts baptismaux avec l’avènement de Paul Biya, le Renouveau est sans doute l’offre politique la plus généreuse qu’un leader politique ait portée, pensée, nourrie, travaillée et consignée dans un livre, Pour le Libéralisme communautaire. C’est aussi le projet d’une vie, car depuis la fin de ses études en France, le jeune cadre Paul Biya, de retour au Cameroun, est nommé à la Présidence de la République et se met dès lors au service de son pays. En 1982, son projet est inédit. Il repose sur trois piliers : Libé­ ralisation politique, économique et sociale ; Rigueur et moralisation des comportements, afin de créer un boulevard salubre à l’Economie ; et enfin Citoyenneté fraternelle. Celle où le concept « Un peuple, une nation » devenant réalité, transcenderait les particularismes ethno- linguistiques qui constituent certes une richesse, mais éga­ lement une menace à la cohésion nationale, lorsqu’ils sont manipulés par des démagogues et des politiciens pervers. D’où le formidable élan d’adhésion et d’enthousiasme qui a accompagné ce New Deal. Le rêve devenait réalité, l’espoir était permis. Ensemble, sous le leadership de Paul Biya, les Camerounais s’engageaient à bâtir le pays de leurs rêves, libre, équitable, prospère et démocratique. Contre vents et marées, le Renouveau a tenu son pari. Tant bien que mal. La démocratisation du pays est une implacable réalité. Les fondements d’une économie solide et diversifiée ont été bâtis ; la nation camerounaise existe, fière de ses emblèmes et de ses symboles. Elle rayonne dans la rude vitalité de la vie démo­ cratique, dans le savoir scientifique, et dans les exploits de talents individuels et collectifs, en particulier jeunes, qui inondent le monde de leurs performances dans la musique, le sport, les jeux d’esprit, etc. A vrai dire, pour peu qu’on convoque la bonne foi, le constat est net : un chantier titanesque a été bâti en plus de 40 années. Dans un contexte national et international où se sont succédé les crises économiques, les chocs pétroliers et financiers, les crises politiques et sécuritaires et leur corollaire, l’instabilité sociale. Et même une sécession armée. Ce qui ajoute au mérite. Crise politique et sécuritaire. L’intelligentsia africaine questionne encore les ressorts profonds de l’instabilité généralisée qui s’est répandue en Afrique comme une gangrène, au cours des années 90, après que « le multipartisme précipité » a enflammé les foules On peut s’interroger avec raison sur le moment choisi par l’Occident pour imposer au continent africain la démocratisation au forceps. Une trentaine d’années plus tard, les exactions d’un Boko Haram surgi de nulle part menaçaient la stabilité et l’intégrité des Etats ! Avec le recul, on peut voir dans ces manœuvres de nos partenaires, une forme nouvelle de prédation internationale où, sous le costume d’apôtres de la démocratie, ils déboulaient en Afrique en mettant à profit la déliquescence et le chaos ambiants Loin de nous l’idée d’absoudre les dirigeants africains des échecs cuisants de certains projets et politiques publiques. Toutefois, on peut admettre, en prenant en référence le Cameroun, que les troubles insurrectionnels, les incivilités, le vandalisme, et leurs conséquences tragiques en ces années de braise, ont fait reculer le pays de plusieurs années dans tous les domaines, tout en exacerbant le tribalisme, le sectarisme et la haine. Crise économique : Que dire alors des programmes d’ajustement structurel imposés dans le même intervalle au Cameroun et aux pays africains, et auxquels les populations ont payé un lourd tribut ? Tout sim­ plement qu’ils ont contribué à corser une trajectoire de développement déjà hypothéquée par des crises multiformes. En reconnaissant pu­ bliquement que ces mesures étaient inappropriées quelques années plus tard, et même « une erreur », un an­ cien président de la Banque mondiale a fait preuve d’un sens de l’honnêteté admirable, mais les bons sentiments fussent-ils sincères, ne constituent pas une réparation. Au moment de la mise en place de ces programmes d’ajustement structurels, le Cameroun avait déjà atteint la scolarisation universelle, selon la Banque mondiale. Cette performance n’a guère résisté face au plan de redressement draconien taillé sur mesure par les jumelles de Bretton Woods. Prosélytisme libéral. Dans ce même registre, en esquissant le bilan des privatisations imposées par les mêmes instances au nom du libéralisme économique, un con...

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