En ordre de bataille pour l’émergence

C’était la seconde adresse du chef de l’Etat à ses compatriotes, après le discours d’investiture du début de septennat, le 6 novembre dernier, devant les élus du peuple. Une prise de parole attendue et scrutée, tant l’actualité nationale est foisonnante en cette dernière soirée de l’année. La situation dans le Nord-Ouest et dans le Sud-Ouest y est pour beaucoup. La main tendue du président de la République et les dernières mesures de pacification y ont eu un écho favorable, sans pour autant faire taire les armes.

L’organisation de la CAN par le Cameroun, l’attente d’un nouveau gouvernement –l’une des occupations favorites de nos concitoyens- les sujets sont légion qui aiguisent l’intérêt des Camerounais pour ce discours pourtant ancré dans la tradition. De ce message déclamé sur un ton grave et posé, l’on retient d’abord la détermination de l’homme d’Etat à garder le cap. Celui fixé dans la vision à long terme qu’il déploie à travers les mandats successifs, et qui sous-tend son action, comme un fil d’Ariane, depuis l’aube de sa présidence : faire du Cameroun une nation unie, démocratique et émergente.

Réitérer cette détermination à sortir le Cameroun du sous-développement a toute son importance dans un environnement économique difficile et un contexte sécuritaire instable. Le chef de l’Etat a conscience que les Camerounais, mais aussi les partenaires au développement, liront dans son engagement renouvelé à aller de l’avant un signal fort, propre à galvaniser la confiance et à libérer les énergies créatrices. Comme s’il espérait qu’à la résilience du leader qu’il est, réponde celle du peuple profond.

Malgré les vents parfois contraires. De ce message présidentiel, on relève également que la route de la modernisation de l’économie n’est pas un long fleuve tranquille. L’interdépendance des économies à l’ère de la mondialisation, l’iniquité des termes des échanges, la fluctuation des cours des matières premières au gré des marchés et des intérêts occidentaux, rendent en effet notre économie faiblement industrialisée très vulnérable aux chocs extérieurs. C’est ainsi que depuis les années 80, trois séismes économiques de forte amplitude l’ont déstabilisée, entraînant des retards dans l’agenda de l’émergence.

Bien sûr, ces accidents de parcours ont nécessité, de la part du gouvernement, la définition et la mise sur pied de mesures de rattrapage. Car le président de la République n’entend rien lâcher afin d’atteindre les niveaux de croissance permettant d’améliorer le quotidien des Camerounais. Les piliers de cette stratégie de résilience restent les mêmes : révolution agricole, autonomie énergétique, infrastructures de transport, digitalisation, conduite des grands projets, en surveillant de près les conditions d’endettement. Il faut reconnaître que le prosélytisme guerrier de Boko Haram a érigé le second gros obstacle sur le chemin de notre développement économique.

La lutte contre ce prédateur a en effet englouti des budgets colossaux, qui auraient dû servir à l’éradication de la pauvreté. Et si elle a porté des fruits en réduisant cet ennemi à sa plus simple expression, elle n’en a pas moins retardé l’avènement d’une ère de prospérité dans notre pays. Dans une approche didactique, Paul Biya explique ensuite comment il entend garder le cap et sortir de l’embuscade de l’insécurité. Car en effet, la dérive terroriste du mouvement sécessionniste dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest a amplifié le ralentissement de la course vers l’émergence.

Sans la remettre en question. Comment ne pas comprendre alors que la sécurité du pays soit désormais un préalable à toute ambition économique ? Sans rien sacrifier à son grand projet de développement pour le Cameroun, le chef de l’Etat se bat avec courage, à la tête de ses forces dédiées, pour restaurer l’intégrité territoriale et délivrer nos frères du Nord-Ouest et du SudOuest de l’étau de la violence. Il laisse transparaître sa compassion et son empathie pour ces compatriotes harcelés, violentés et condamnés à souffrir le martyre, à défaut de s’exiler dans leur propre pays. Il donne le sentiment que tout en gardant la porte ouverte au dialogue, le temps est venu d’en finir avec ce mouvement insurrectionnel.

C’est l’autre leçon de ce discours présidentiel : le premier Camerounais prend ses responsabilités de père de la Nation et de chef des Armées, devant le peuple témoin de la sincérité des uns et de la duplicité des autres, pour mettre en garde solennellement ceux qui tirent les ficelles de cette crise dans l’ombre ou sous les projecteurs. Certes, le président ne montre aucune rage belliqueuse, ni velléité d’en découdre. Du moins, rien dans son propos, ni dans sa gestuelle, ne le trahit.

Néanmoins, le message qu’il veut faire passer est celui de la fermeté du maître des lieux à ceux qui utilisent les bandes armées pour terroriser le peuple et casser le vivre-ensemble. Sa résolution à mettre un terme au jeu du chat et de la souris auquel les fossoyeurs de l’unité et leurs soutiens se livrent est plus claire que jamais. On peut dire qu’il leur envoie un avertissement cinglant à peu de frais. Mais pour en finir avec ce terrorisme particulièrement pernicieux, le président de la République a besoin de l’union des bonnes volontés.

C’est le combat de tout un peuple et non pas celui d’un homme seul. C’est le combat des intérêts égoïstes contre le destin collectif. C’est une bataille pour la survie au profit de laquelle toutes les sensibilités doivent se mobiliser et se fédérer. Délivrer le Cameroun des nihilistes, c’est notre affaire à tous. Car c’est en réalité le combat pour l’avenir commun, et pour donner un souffle nouveau à la seule cause qui vaille pour l’heure : l’émergence économique. 

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