Le choix de la stabilité

 

Quelques jours après son message de fin d’année à la nation le 31 décembre 2018, le chef de l’Etat a rendu publique vendredi dernier une nouvelle équipe gouvernementale. Avec à sa tête Joseph Dion Ngute, jusque-là ministre chargé de Mission à la présidence de la République. Cette équipe était d’autant plus attendue au sein de l’opinion publique tant nationale qu’internationale, que le président Paul Biya avait inauguré le 6 novembre 2018 un nouveau mandat, suite à sa réélection à l’issue du scrutin du 7 octobre dernier. Bien plus, le promoteur du Renouveau national a présenté son nouveau septennat comme étant « décisif pour notre pays (…), l’un des moments les plus importants de notre histoire depuis les indépendances ». Dès lors, il devenait quasiment excitant pour les observateurs de découvrir les personnalités qui allaient recevoir l’onction du chef de l’Etat pour l’accompagner dans l’implémentation du programme qu’il s’est fixé pour ce septennat des Grandes opportunités. Sans compter que le contexte socio-politique ambiant était marqué par un changement de date, s’agissant de l’organisation d’une Coupe d’Afrique des Nations de football séniors au Cameroun. En homme d’Etat avisé et conscient des enjeux auxquels le pays fait face, le président Paul Biya a opté pour un savant dosage entre une injection de sang neuf au sein de l’appareil dirigeant de l’Etat, à côté d’hommes et de femmes d’expérience rompus à la gestion des affaires publiques. L’objectif étant de poursuivre avec succès le programme de réformes économiques engagé depuis quelque temps avec l’appui de partenaires multilatéraux dont le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Afin de parvenir à plus ou moins court terme à une relance durable de la croissance, de manière à améliorer substantiellement les conditions de vie des populations. A travers un accès accru à une éducation de qualité, des infrastructures et équipements sociaux adaptés aux besoins. La marche vers l’émergence en somme. Il est certain qu’un tel progrès social voulu par tous n’est réalisable que si la paix et la sécurité sont garanties sur l’ensemble du territoire national. Il ressort ainsi du réaménagement gouvernemental de vendredi dernier, la volonté du chef de l’Etat de remobiliser autour de ces chantiers prioritaires. D’où une stabilité perceptible au niveau des départements ministériels de souveraineté. Il convient par ailleurs de rappeler qu’il y a dix mois seulement, plus précisément le 2 mars 2018, le président de la République a procédé à un réaménagement du gouvernement d’une ampleur semblable à celle de vendredi dernier. À cette occasion on a assisté à l’arrivée de nouveaux patrons à la tête des ministères de l’Administration territoriale, de la Décentralisation, de l’Eau et de l’Energie, des Enseignements secondaires, des Transports, des Forêts et de la Faune, de la Fonction publique et du Cabinet civil. Il apparaît donc logique que moins d’un an après, le réaménagement ne touche pas ces départements ministériels, où le travail des ministres promus en mars 2018 est en train de prendre sa vitesse de croisière. Pour le reste, les alliés traditionnels du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) à savoir l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), l’Alliance nationale pour la démocratie et le progrès (ANDP), le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) ont été maintenus au gouvernement, où on note l’arrivée de la formation politique Les patriotes. D’autre part, l’ouverture en direction des générations montantes est indéniable. Autre clé de lecture de la récente reconfiguration de l’équipe gouvernementale, l’agenda politique du président de la République. Dans la perspective d’une conduite sereine de son programme d’action, le chef de l’Etat doit s’appuyer nécessairement sur un parlement et des collectivités territoriales décentralisées acquis, dans une proportion confortable, à sa vision et à son projet. Le cabinet Dion Ngute devra donc s’atteler, sans tarder, à assurer une victoire nette au RDPC lors des élections législatives et municipales prévues cette année. Et éventuellement, les régionales, en prenant en compte la recomposition du paysage politique telle que révélée au terme de la dernière présidentielle. Ce ne sera certainement pas une promenade de santé. En ce sens, ce nouveau gouvernement répond à un choix hautement stratégique. « Qui veut aller loin ménage sa monture », a-t-on coutume de dire.

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