En vedette au Fespaco 2019: Benjamin Eyaga brise le silence

L’acteur et réalisateur camerounais est en compétition avec son court métrage sur les non-dits autour du viol.

Dans le hall du Ciné Burkina ce mardi 26 février 2019 matin, Benjamin Eyaga ne passe pas inaperçu. L’acteur et réalisateur de 31 ans serre les mains des aînés, est attrapé ici par un confrère français, là par un réalisateur malgache. Il est de tous les fronts. Dans quelques minutes, son film « Mes silences », court métrage en compétition pour un Poulain de Yennenga (trophée réservé au meilleur film court) sera dévoilé à l’exigeant public de Ouagadougou. Mais le jeune homme est confiant. « Mon film parle du viol, mais surtout du silence dans lequel les victimes s’emmurent après l’avoir subi. C’est un phénomène universel, alors je crois que mon travail va plaire », lance-t-il. Le réalisateur veut être la voix de ces victimes de viol trop apeurées pour dénoncer ce qui leur est arrivé. « Par conséquent les auteurs de ces actes crapuleux sont intouchables », regrette Benjamin Eyaga. Au Fespaco 2019, le réalisateur camerounais présente son troisième court-métrage, après « Course contre la honte » qui a fait plusieurs festivals nationaux et internationaux, et « Devoted », un tableau sur l’amour et le deuil, diffusé sur Guadeloupe 1ère, une chaîne du groupe France Télévisions. Benjamin Eyaga se plaît à raconter des expériences courtes, lui qui voit dans ce type de productions une véritable école du cinéma. Ses premiers pas dans le 7e art, il les fait en tant qu’acteur, sous l’aile de mentors comme Eshu Rigobert Tamwa. Lui et d’autres apprendront à Eyaga les ficelles du métier. C’est avec la série « Au-delà du destin » proposée sur A+, que le jeune acteur concrétise un rêve entamé en 2005. Cette année-là, il quitte Bafoussam pour Yaoundé avec pour seule fortune, 2500 F en poche. Après de nombreuses galères, il finit enfin à « percer » comme on dit. La vie ne lui a pas toujours fait de cadeaux, mais ce débrouillard sait comment se relever. Il a même été footballeur. « A cause de la somme de 7000 F que ma mère n’a pas pu payer, j’ai dû arrêter l’école en 4e, à l’âge de 13 ou 14 ans. Mon père n’était pas là pour nous soutenir. Alors pour compenser mon manque d’éducation, j’ai lu des centaines de livres. La lecture a décuplé mon imagination, et je m’en sers aujourd’hui pour faire des films », déclare ce fan de Lee Van Cleef et de Westerns. Samedi prochain, il aimerait repartir au pays avec une statuette. « Mes silences », c’est neuf distinctions et près de 14 festivals nationaux et internationaux.

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