Slam: Garde-à-vous, Capitaine Alexandre

Avec des mots forts et justes, l’artiste camerounais parvient à creuser toujours plus profond la pensée.

Dans cette salle intimiste du Centre international pour le patrimoine culturel et artistique (Cipca), au quartier Emana à Yaoundé, il ne manque plus qu’un feu pour accentuer un peu plus cette ambiance soir au village. Ce 21 mai 2019, une chaleur conviviale règne dans la pièce. La science de l’impro aussi. Capitaine Alexandre a ramené des copains pleins d’inspiration. Il y a les amis-artistes et collaborateurs de toujours comme Serge Epoh, Sadrak, Calvin Yug, Gaëlle Roche et Manalone (avec ce dernier il forme le collectif « On a slamé sur la lune »). Il y a également des apprentis slameurs. Ces jeunes suivent un atelier de formation avec celui qui est considéré comme l’un des pionniers du slam camerounais, à l’occasion de la toute première édition du Prix Orange du livre en Afrique (22 mai 2019). Marc Alexandre Oho Bambe dit Capitaine Alexandre, c’est un puits de mots, de verbes, de rythmes. Il déclame la poésie aussi vite qu’elle lui vient à l’esprit. Extraits : « Laisseznous montrer à quel point nous sommes ingouvernables, à quel point nous sommes porteurs de rêves et de poèmes. » « Juste écrire, écrire juste. » « Je sortirai de la musique comme j’y suis entré, free comme une âme de jazz. » « Que peuvent toutes les bibliothèques du monde face à un enfant qu’on assassine ? Rien et pourtant une seule phrase dans un seul livre peut sauver toute l’humanité », pour paraphraser l’Haïtien, Frankétienne… Des paroles pleuvent, font jaillir de l’émotion. C’est à qui le veut, de s’emparer de la piste pour accompagner par sa prose, cette mélodie qui s’échappe de la guitare de Calvin Yug. Ce moment de partage dure une heure, mais l’assistance a l’impression d’avoir vécu un bout d’éternité avec ces apôtres de la rime. Le poète, slameur, écrivain, né à Douala en 1976, a un passé fou à courir après la beauté du verbe. Il participe à plusieurs projets éditoriaux pour des rédactions comme « Le courrier du Vietnam », « L’Orient du jour », «Africultures », « Le nouveau magazine littéraire » ou « Mediapart ». Ses chroniques sont un regard sur l’actualité. Toujours, avoue-t-il, avec un ton très subjectif, empreint de poésie et de lyrisme. « Penser à la littérature pour moi, c’est penser à Hemingway », songe l’artiste. Pourtant à l’âge de 17 ans, ce n’est pas vers l’Amérique, le pays de celui qui l’inspire, que Marc Alexandre s’envole. Il part en France, avec l’idée de devenir écrivain. A l’époque, le slam, l’art qui le définit le plus actuellement, y est à ses balbutiements. C’est sur sa terre natale que Capitaine Alexandre s’élève en tant que slameur. Son père, mécène culturel, l’introduit à Serge Epoh et Calvin Yug, deux jeunes kamers frappés comme lui de l’addiction aux belles phrases. A trois ils montent le projet « Afroptimisme ». Leur relation va au-delà de l’art. « Nous sommes liés par l’envie de continuer à enseigner l’espérance comme elle nous a été transmise par des poètes », révèle celui qui découvre le slam de manière inattendue, dans un bar ! Passé par le rap, la poésie, Capitaine Alexandre aime « l’indiscipline artistique » du slam. Il lui va bien, cet art oratoire fait de monologues intenses. L’écrivain, Prix Paul Verlaine de l’Académie française en 2015, continue sa marche militante avec un nouveau spectacle, « Fragments, Opéra Slam... » et un recueil de poésie éponyme sortis en juin 2019.

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category