Le Cameroun nouveau se dessine

Il est des traditions familiales qui ne se démodent pas. Mieux, qui sont entourées d’une impatience nimbée de fébrilité. Le discours de fin d’année du président de la République en est. Son regard sur le cours de la vie, sur les réussites et les échecs, sa vision de l’avenir intéressent au plus haut point ses compatriotes, et encore plus dans les moments de tensions sociales et politiques. On peut en effet comprendre que son analyse particulière des événements, lui le capitaine du bateau Cameroun, accroche l’intérêt des Camerounais qui y guettent des raisons d’avancer en espérant un futur meilleur. Au lendemain de l’organisation du Grand dialogue national, convoqué par lui-même afin de trouver une solution durable à la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la parole présidentielle était fort logiquement attendue et scrutée. Ceux qui se sont accrochés mardi soir à leur poste de radio ou de télévision n’ont pas été déçus. Nous pouvons extraire de cette parole trois messages-clés. Le premier : le cap n’a pas changé, c’est l’émergence ; le second : le pays est gouverné et la main tendue aux insurgés peut aussi frapper, si elle n’est pas saisie ; et enfin, notre démocratie mérite mieux que la caricature qu’en font les politiciens et une minorité de Camerounais de la diaspora.

Sur un ton calme et posé, le chef de l’Etat a avant tout tenu à rappeler le cap de son action politique, qui n’a pas évolué depuis les origines : le développement économique du Cameroun et l’éradication de la pauvreté. Seule une transformation économique en profondeur donnerait au pays la latitude et les marges de manoeuvre nécessaires pour avancer dans tous les autres domaines, notamment le social. Ce rappel était nécessaire au moment où les crises conjuguées et le contexte international pèsent sur le dynamisme de l’économie. Paul Biya entend rassurer ses compatriotes sur la constance de sa vision politique : oui, l’émergence est toujours en ligne de mire. Ensuite, à la manière d’un leader qui veille sur le destin du joyau que les Camerounais lui ont confié, et qui en évalue régulièrement les progrès, le premier Camerounais établit le diagnostic économique en quelques mots : doit mieux faire pour garder la trajectoire de l’émergence. Malgré de bons agrégats macro-économiques. Et ce d’autant plus que le contexte national, sous-régional et international est critique. Pourtant, fait notable : grâce aux réformes inspirées du Grand dialogue national, nous nous acheminons vers de nouveaux horizons, plus unis que jamais par les épreuves traversées, plus confiants en l’avenir.

Le président de la République a également passé en revue les évolutions significatives dans deux secteurs emblématiques : le progrès social et la situation dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest. En ce qui concerne le progrès social, d’une part, il a défendu fermement les avancées du Cameroun, en flétrissant les mensonges qui prospèrent sur le sujet. En effet, les pourfendeurs de notre pays occultent sciemment les acquis importants engrangés dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’emploi. Et pourtant, selon le dernier indice de développement humain établi par la Banque mondiale pour 54 pays africains, le Cameroun reste l’un des rares pays subsahariens à figurer parmi la quinzaine du peloton de tête. Et même si la pauvreté demeure préoccupante dans nombre de zones rurales – ce qui justifie les stratégies ciblées en cours- la pauvreté en zone urbaine est passée de 17,9 à 8% selon les chiffres de l’Institut national de la Statistique (INS) en 2014. On peut regretter sur ce sujet la grave crise économique des années 90, et le remède de cheval imposé par le Fonds monétaire international, pour la combattre. Les plans d’ajustement structurel, puisqu’il s’agit d’eux, ont brisé un bel élan de progrès, car le Cameroun avait déjà atteint à cette période-là ce que les spécialistes appellent « la scolarisation universelle ». Loin de s’enorgueillir d’un tel bilan, Paul Biya s’est contenté d’indiquer que les efforts doivent se poursuivre, dans ce chantier titanesque comme dans d’autres.

D’autre part, dans ce qui apparaît comme l’un des points du message les plus attendus, la situation du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, Paul Biya a laissé entendre, évoquant la sécession armée, que le temps de l’appel à la raison avait cédé le pas au devoir de préservation des vies de nombreux autres Camerounais et de leur droit de vivre en paix dans leur région. Ces propos, destinés aux groupes armés, comme à tous ceux tentés de prendre des libertés avec les lois, d’empêcher les élections, de terroriser les populations, sont aussi un message fort : le pays est gouverné. Et le chef de l’Etat n’est ni tremblant, ni hésitant au moment de faire son devoir d’élu du peuple, garant de sa sécurité. Mais il n’est pas anodin qu’il demande aux forces de maintien de l’ordre d’exercer leur propre responsabilité dans ce domaine « avec mesure, mais sans faiblesse». Cette fermeté réaffirmée dans la gestion du conflit tient du fait que le président de la République a fait montre de patience, de pédagogie, de sens d’écoute, de dialogue et de pardon depuis trois ans, face aux divers représentants de cette cause, les syndicats d’enseignants et d’avocats, les combattants sécessionnistes, et même les groupes armés, dont certains se sont repentis et rendus.

Après l’avènement du Grand dialogue national, dont il salue le succès et la performance de son Premier ministre, il devient impérieux pour le chef de l’Etat de faire régner l’ordre et la paix, au nom de l’intérêt national suprême. Pour ne pas condamner des pans entiers du territoire à la violence endémique, et leurs populations à l’exil forcé. C’est une posture régalienne, qui s’appuie sur le soutien de la population concernée, celui de l’opinion nationale, des Nations unies, ainsi que des pays amis, qui ne cessent de traduire leur solidarité en actes concrets à cet égard. Enfin, le message présidentiel s’est autorisé une incursion sans polémique dans la manière dont certains acteurs politiques du cru appréhendent la démocratie. Paul Biya délivre à cet égard une véritable leçon de choses. Comment en effet construire une démocratie sans démocrates, c’est-à-dire sans l’acceptation et le respect des règles du jeu par les acteurs, sans la patience d’organiser les partis politiques, de former les hommes et les femmes, les préparer à se frotter aux adversaires, aux débats d’idées, aux joutes électorales ? La logorrhée haineuse dans les réseaux sociaux et les médias ne saurait remplacer ce cheminement patient et méthodique, qui force l’admiration des citoyens et entraîne l’adhésion des militants potentiels.

Quant à la diaspora, une certaine diaspora, pour être plus juste, elle est rappelée aux valeurs fondamentales : le respect de la mère patrie, tant ses épanchements cybernétiques flairant la rancoeur amère sont excessifs et dérisoires. Ces frivolités ne la grandissent pas, comme c’est le cas pour tous les enfants qui crachent sur leur mère. Ils ne l’apaisent pas non plus, on le devine. Car le désir du Cameroun ne les quitte pas, alors même qu’ils ont choisi des citoyennetés nouvelles. Le plus simple, c’est sans aucun doute de travailler, comme beaucoup d’autres Camerounais pour le progrès du pays. Dans le cas contraire, ne serait-il pas plus cohérent de se taire, et d’oublier le Cameroun ?

Au total, les Camerounais sont nombreux à avoir éprouvé, à la fin de ce message à la tonalité apaisée malgré la gravité des sujets évoqués, le sentiment de voguer vers les rivages d’une terre nouvelle, plus féconde et plus conviviale. Ce sentiment est loin d’être un mirage ou une fausse prémonition, si l’on considère que l’apaisement et la concorde attendus de l’implémentation des réformes et lois recommandées par le Grand dialogue national, et les résultats probants espérés de la mise en oeuvre du Programme économique, social et culturel du gouvernement constituent, en ce début d’année, des leviers importants pour changer la donne, et redonner confiance aux Camerounais, en euxmêmes et en leur avenir. Alors, au travail, Mesdames et Messieurs les ministres et autres hauts fonctionnaires.

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