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Pour une meilleure inculturation du bilinguisme


La volonté des pouvoirs publics de parvenir à un bilinguisme intégral est clairement affichée depuis plusieurs décennies. Au-delà des textes juridiques et des discours qui promeuvent et encadrent l’usage des deux langues officielles, le gouvernement s’attèle à ce  que la pratique de l’anglais et du français soit enracinée dans le vécu quotidien des populations. C’est le sens qu’il faut donner à la création et à la transformation des collèges et lycées d’enseignement général en établissements bilingues.  A scruter de près les derniers textes du Premier ministre, l’on note que le réseau des établissements bilingues s’étend jusqu’aux zones reculées de la République. Réservés et implantés dans la plupart dans les zones urbaines, il y a quelques années, du fait du déficit en ressources humaines qualifiées, les structures scolaires bilingues irradient désormais jusque dans les coins les plus reculés du territoire national. Les 105 nouveaux établissements couvrent l’ensemble du territoire national. Mieux, à travers ces décisions, le gouvernement se montre soucieux de résorber les « déserts bilingues » en réservant une plus grosse part aux régions les moins loties comme l’Extrême-Nord. En réalité, l’Etat veut dans ces écoles, promouvoir un nouveau modèle de bilinguisme qui permet aux apprenants de mieux pratiquer les deux langues officielles. Il n’est plus question d’enseigner sommairement l’anglais aux francophones et le français aux anglophones. Il s’agit désormais de dispenser indifféremment les cours en anglais et en français. 
Il ne saurait en être autrement au regard des ambitions et des attentes pressantes de la nouvelle génération. Par cette nouvelle vision, le Cameroun veut amorcer une sorte de « transition bilingue ». Il s’agit de  traduire dans les faits le volontarisme politique affiché et  inscrit dans la constitution. Et d’être en phase avec le caractère bi-culturel du Cameroun. L’article 1 alinéa 3 fait de l’anglais et du français les deux langues officielles d’égale valeur de la République. Mieux, la loi fondamentale garantit la promotion du bilinguisme sur toute l’étendue du territoire. A partir des leçons tirées de sa propre histoire, de la mondialisation et de récents événements ayant marqué la vie socio-politique du pays,  le Cameroun s’engage résolument dans une praxis du bilinguisme. La création en janvier 2017 de la  Commission nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme s’inscrit dans cette logique. Dans ses missions, cette instance est chargée, entre autres,  de veiller au respect des dispositions constitutionnelles qui consacrent l’anglais et le français comme les deux langues officielles d’égale valeur et surtout « leur usage dans tous les services publics, les organismes parapublics ainsi que dans tout organisme recevant des subventions de l’Etat »,  de proposer toutes mesures de nature à renforcer le caractère bilingue et multiculturel du Cameroun et de vulgariser la règlementation sur le bilinguisme, le multiculturalisme et le vivre ensemble. Et quand on sait que l’école est le cadre par excellence de la socialisation, le gouvernement entend ainsi multiplier les structures scolaires bilingues afin de mieux assurer l’inculturation du bilinguisme dans les pratiques quotidiennes des populations. Il s’agit de parvenir à former des citoyens capables d’écrire et de parler couramment les deux langues tant dans les milieux professionnels que dans la sphère privée. Reste à accompagner ces importantes décisions par des mesures d’accompagnement idoines. Il faut souhaiter que ces établissements soient dotés en infrastructures et équipements appropriés et surtout en enseignants bilingues tant en qualité qu’en quantité.
 


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