Stop au cannibalisme médiatique

Le phénomène n’est ni nouveau, ni isolé au Cameroun. En France, Pierre Servent l’a appréhendé depuis 2007 dans son ouvrage : « La Trahison des médias ». Notre confrère qui officiait au Monde et à La Croix a décrypté les mécanismes qui ont conduit le quatrième pouvoir à trahir son rôle. Mais au Cameroun, la désinformation, la manipulation, le chantage, l’intimidation etc., par voie de presse prennent des proportions inquiétantes depuis que le gouvernement a totalement ouvert le champ médiatique à tous les entrepreneurs souhaitant exercer dans ce secteur. Le Cameroun se hisse ainsi parmi les pays les plus « libéraux » en matière d’ouverture médiatique avec pas moins de 600 organes de presse écrite, 200 stations de diffusion sonore, 200 opérateurs de télédistribution, une trentaine de chaînes de télévision et une multitude de médias cybernétiques. Il y a quelques mois, la Côte d’Ivoire, un pays cité souvent comme le jumeau du Cameroun, a dépêché une mission ministérielle à Yaoundé pour s’inspirer du modèle camerounais en matière d’ouverture de l’audiovisuel notamment la télévision au secteur privé. Mieux, les pouvoirs publics sont déterminés à améliorer le soutien à la presse privée. D’où la mutation récente de l’ancien format en appui institutionnel de l’Etat à la presse à capitaux privés à travers un arrêté du ministre de la Communication du 23 avril 2020 portant réorganisation des modalités d’accès au bénéfice de l’aide publique à la communication privée. Les premiers bénéficiaires de cette « aide révisée » viennent d’ailleurs de passer à la caisse.
Mais il faut reconnaître que les acquis et les avancées enregistrés dans le secteur de la presse sont en train, hélas, d’être dévoyés par des dérives tous azimuts. Surtout avec l’émergence des réseaux sociaux. Comme l’ont relevé lundi dernier le ministre de la Communication et sa collègue des Postes et Télécommunications, les médias tant traditionnels que nouveaux sont devenus de véritables outils de désinformation, de manipulation et d’intimidation. La règle des 3 L, (lécher, lâcher, lyncher) est devenue le sport favori de certains hommes des médias et de ce qu’il convient désormais d’appeler des lanceurs d’alerte. Au sein de la médiasphère camerounaise, s’est développée une presse à gages, qui broie et brocarde les personnalités et les institutions de la République. Ce cannibalisme médiatique se nourrit du chantage, de l’intimidation et de la course au « fast news ». Le procédé est le même : accoler à une personnalité un fait forcément détestable avec force détails et témoins à charge et la jeter en pâture aux lecteurs, auditeurs, téléspectateurs et abonnés des plateformes numériques.
Ces agissements délictueux nuisent gravement aux enviables avancées auxquelles le pays est parvenu. Ils constituent en r&ea...

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