Economie

« Les responsabilités sont partagées »

Emile Ella Ngbwa, directeur des ressources humaines au ministère de la Santé publique.

M. le directeur, le salaire des personnels de santé fait beaucoup parler depuis quelques jours. Quel est le problème ?
Il n’y a pas de problème. Il y a peut-être une méconnaissance des procédures institutionnelles et des mécanismes de gestion de la chose mais tout compte fait, il est question que les uns et les autres intègrent ce qui a conduit à la situation observée. Il s’agit d’une prime de technicité d’agent de santé qui bénéficiait à une catégorie de personnels, les fonctionnaires de santé puisque maintenant nous en avons une autre, les personnels de santé régis par le code du travail, qui ne sont pas concernés. Les personnels de santé fonctionnaires bénéficiaient d’une prime de technicité jusqu’en 2002, date à laquelle le chef de l’Etat a pris un décret qui octroyait non plus une seule, mais trois primes. Donc à la prime technicité qui a été reconduite, se sont ajoutées la prime de santé publique et la prime d’astreinte. Alors ces trois primes sont perçues depuis 2002 jusqu’à date. Sauf que ces derniers temps, nous avons accéléré le processus de déconcentration de la gestion du personnel, le Minsanté étant l’un des secteurs pilote de ce processus. Nous avons facilité toutes les diligences pour que les habilitations soient transférées. Une fois transférées, nous avons fait un inventaire de notre masse salariale pour une gestion rationnelle des ressources affectées et une bonne planification. 
Quels ont été les résultats de cet inventaire ? 
A l’issue de cet inventaire, il s’est dégagé un certain nombre d’irrégularités dont celle qui est querellée aujourd’hui. A savoir, qu’une catégorie de personnels percevait deux fois une prime pour le même travail. Ils sont donc 4490 qui perçoivent cette prime depuis 18 ans pour une incidence financière qui va autour de 2,5 milliards de F. Nous avons porté cela à l’attention du comité de gestion interministériel d’assainissement du fichier solde de l’Etat, présidé par le ministre des Finances. Instruction a été clairement donnée de suspendre. Et nous nous sommes dit que plus vite on le fait, mieux ça vaut. En principe, ces personnels devraient être mis en débet pour avoir perçu quelque chose qui ne leur revenait plus. Mais le discours actuel est un discours d’apaisement parce que nous sommes dans une phase technique. Nous verrons comment arrondir les angles. Il ne s’agit pas d’accuser qui que ce soit, parce que les responsabilités sont partagées. 
En prenant cette mesure aujourd’hui, n’y a-t-il pas un risque de démobilisation ?
La question est technique, elle n’est pas contextuelle. Au contraire, elle est salvatrice pour ceux-là parce que dites-vous bien  que 30 ans de service multipliés par 2400 F, puis par douze mois, donnent une sacrée somme. Quand on vous administre ça pendant que vous êtes déjà prépensionné, ce n’est pas très agréable. Quand on vous préserve de cela, vous devez plutôt dire merci et aller dans le sens de la conciliation. Nous nous attendions d’ailleurs à ce que les gens nous invitent à un plaidoyer de tolérance administrative auprès du comité plutôt que de nous dire que nous avons ponctionné leurs revenus. Ce qui n’est pas admissible, ni envisageable. 
Est-ce qu’un remboursement du trop-perçu est envisagé ? 
Cela relève de la compétence du comité d’assainissement qui est placé sous la haute supervision du Premier ministre, mais a tendance est plutôt à l’apaisement, à la tolérance administrative. Le véritable perdant en principe, c’est le ministère de la Santé.  Nous sommes engagés dans un plaidoyer d’enrôlement des personnels saisonniers (personnels non immatriculés) des formations sanitaires qui constituent près de 45% du personnel dans ces institutions, soit plus de 6000  personnes.  Avec cet excédent budgétaire salarial, la politique du chef de département est d’utiliser ces ressources pour recruter. Nous ne sommes pas là pour redresser au sens du remboursement, mais au sens de ce qu’il y ait équité et justice et que le trop plein profite à d’autres Camerounais. 
 

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