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L’essentiel et la distraction

Après avoir délibérément opté pour la politique de la chaise vide, en se mettant sur la touche lors des élections municipales et législatives de février dernier, voilà qu’un parti politique en mal d’existence tente de s’octroyer au forceps, le droit d’occuper le devant de la scène, avec la prétention de reléguer au second plan, le rendez-vous historique de l’histoire politique du pays, que constituent les premières élections régionales jamais organisées au Cameroun. Habitués à jouer les perturbateurs – bien triste réputation – ces acteurs politiques ont donc entrepris depuis quelques jours, de s’imposer dans l’agenda, en organisant ce qu’ils ont pompeusement appelé « marches pacifiques », omettant toutefois de cacher leurs véritables intentions. 
Ce projet de manifestations programmées pour ce 22 septembre n’est plus ni moins qu’un appel au soulèvement populaire. Un de plus, après de précédents échecs, notamment au lendemain de la présidentielle d’octobre 2018, perdue par le candidat de ce parti. Et les pouvoirs publics se sont immédiatement fait le devoir de mettre en garde les promoteurs et leurs éventuels suiveurs, sur le caractère illégal de la démarche, et ont rappelé les rigueurs prévues par la loi en pareille circonstance. Mais il est clair que personne ne se fait d’illusion sur l’effet de ces avertissements. Les concernés, visiblement dos au mur, condamnés à exister, donnent l’image de jusqu’auboutistes, conscients de jouer leur va-tout. 
Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun est bien parti pour être absent des centres de décision (parlement, conseils municipaux et conseils régionaux, et autres) au cours des cinq prochaines années. Conséquence du boycott des élections. C’est une posture bien embarrassante finalement pour celui qui au nom d’une deuxième place lors de la présidentielle de 2018, s’est empressé de revendiquer une stature de « leader de l’opposition ». Il faudra donc s’attendre à ce qu’il reste dans sa logique de défiance de l’autorité de l’Etat. Simplement parce que c’est bien de la publicité gratuite qu’il recherche ainsi. 
Mais qu’on se le dise : l’événement, c’est bien l’organisation en cours, de la première élection des Conseillers régionaux au Cameroun. C’est elle, qui depuis la convocation des collèges électoraux, mérite notre attention et notre implication active. Parce qu’elle devra marquer le tournant tant attendu vers la gestion des affaires de la cité par les citoyens au niveau de proximité le plus élevé. Prenons donc garde, de ne pas nous laisser distraire par les illusions et les appels lancés au nom du « peuple », par des acteurs politiques qui n’ont pas jugé utile de faire confiance à ce peuple, en se soumettant à ses suffrages. 
De toute façon, les Camerounais sont face à un choix, comme souvent depuis la restauration du pluralisme au début des années 90. En tant que peuple souverain, ils ont au moins deux possibilités à la veille de ce fameux 22 septembre : soit poursuivre la marche résolue, résiliente et méthodique vers l’amélioration de leur quotidien, impulsée par le président de la République dans un contexte en plusieurs points hostile (crise sécuritaire, économique et sanitaire) ; soit céder aux sirènes d’une pseudo-révolution qui revient à la charge après avoir déjà, lors de précédentes tentatives montré des traits de caractère peu rassurants et dont le moindre n’est pas ce manque de respect maladif vis-à-vis des institutions de l’Etat.  
Devant ce choix, les Camerounais, dans l’ensemble, ne paraissent montrer aucun embarras. Heureusement. Les réactions de désapprobation qui fusent des quatre coins de la République (leaders d’opinion, partis politiques, société civile, citoyens ordinaires…) et même de la diaspora depuis quelques jours, sont un signal fort qui vient de la majorité des fils et filles de ce pays. Par ces temps difficiles, l’intelligence recommande sans doute de se concentrer sur l’essentiel : ce qui nous rassemble et nous donne la force d’affronter les obstacles à notre épanouissement commun. Ce que nous tenons déjà et qui ne demande qu’à être fructifié. Tout le reste n’est qu’illusion. 
La plupart des Camerounais ont compris que dans cette démarche hasardeuse qu’on leur propose à grand renfort de provocation, le risque est grand : de ne jamais obtenir par la force ce qu’on n’a pas pu gagner légitimement par les urnes ; de voir son train-train quotidien tiraillé par des déboires avec la justice ; en plus on s’expose à une contamination au Covid-19, car comme le rappelle un communiqué du ministre de la Santé publique, les grands rassemblements demeurent proscrits en raison de la crise sanitaire. Que les brillants organisateurs de « marches pacifiques » l’aient oublié ou pas, leur entêtement est révélateur de l’idée qu’ils ont, du bien-être du peuple.
 

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