Yaoundé : menace sur les collines

Constructions anarchiques, cultures et abattage sauvage d’arbres agressent les flancs de montagnes de la capitale.

Frieda Ngolle est presque agacée ce samedi 17 avril, quand elle doit interrompre ses travaux champêtres pour répondre à la journaliste. « Je travaille la terre ici depuis plus de 15 ans. Au lieu de ne rien faire à la maison, je préfère m’occuper de ce champ qui me donne à manger et me permet d’arrondir les fins de mois », dit-elle. La dame enlève les mauvaises herbes sous les premières pousses de maïs et d’arachide. C’est dans un champ situé quasiment au sommet du mont Messa à Yaoundé. Ce samedi, de nombreuses personnes ont investi les champs de maïs, de haricot et autres légumes et maniocs travaillés de ce côté. Une alternative aux maisons d’habitation détruite il y a une dizaine d’années. « Nous avons appris que cet espace est une zone verte. Et qu’il ne faut pas y construire. Les personnes qui avaient des maisons de côté ont dû partir avant la destruction », explique Pierre Ngolle, habitant du quartier Carrières, dans l’arrondissement de Yaoundé II.


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Pour travailler ainsi à cet endroit, toutes ces personnes versent une moyenne de 5000F chaque année aux propriétaires déguerpis. « Au lieu de laisser la terre nue, nous préférons l’exploiter de cette manière. Il m’arrive de laisser reposer un an avant de travailler à nouveau », assure Mathieu Gnintedem, habitat du quartier. Sur le flanc de cette montagne, les habitations se succèdent quasiment les unes sur les autres. La limite naturelle de la zone à ne pas franchir est matérialisée par les locaux de la brigade de gendarmerie de Carrières. Personne n’a construit plus haut. Seuls les travaux champêtres s’y poursuivent.


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Le reboisement en plan B


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A la Communauté urbaine, la situation est un sujet préoccupation. Des initiatives se multiplient pour préserver ce qu’il reste des zones à écologie faible de la ville. A la Direction de l’urbanisme et de l’architecture et du cadre de vie de la mairie de la ville de Yaoundé, des équipes sont chargées de redonner à la ville sa vitalité. A en croire Clément Onana Owona, sous-directeur des parcs et jardins, des initiatives sont en cours d’implémentation pour les monts Mbankolo, Yéyé et Messa.


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Le plan directeur d’urbanisme de 2008 conforte pourtant les zones à écologie fragile et la manière de s’y installer. Comme le relève Marie-Solange Mbang Efon, directeur de l’urbanisme, toutes les zones ne sont pas propices à la construction. Les flancs de collines notamment. Pour deux raisons : elles sont accidentées, ce qui demande plus d’investissement, et il y a un écosystème à préserver. Pour ces zones, il est donc recommandé d’exploiter seulement 20% de l’ensemble du terrain et de laisser l’espace restant vert. Sauf que les propriétaires détenteurs de titres fonciers ne suivent pas forcément la réglementation. « Malheureusement, très peu de propriétaires prennent un certificat d’urbanisme avant de mettre en valeur leur espace. Or, nous n’avons pas toujours la force de les contraindre, une fois qu’ils disposent d’un titre foncier », relève le directeur de l’urbanisme.


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Au stade actuel, rattraper les erreurs semble difficile. Bien qu’il existe des options. « En matière d’urbanisme, les constructions ne sont pas aisées dans les reliefs et les zones marécageuses. Il est donc possible d’aménager des espaces verts. Il peut s’agir de golfs clubs ou de parcs zoo botaniques », estime Brice Ayissi Atemengue, sous-directeur de l’urbanisme. Selon lui, des déclarations d’utilité publique pour faire déguerpir les zones et recréer l’écosystème, seraient déjà signées. Il faut au préalable indemniser les populations. En attendant, la Communauté urbaine entend redonner vie à ces espaces avec quelques projets. D’abord, l’initiative baptisée « Cœur de ville ». Elle vise à reboiser le mont Messa dans l’arrondissement de Yaoundé II et valoriser les rochers. A terme, un parc écotouristique devrait y voir le jour. Par ailleurs, comme le relève Clément Onana Owona, sous-directeur des parcs et jardins, une pépinière de près de 23 000 essences locales doit être plantée sur les flancs de montagnes pour se rapprocher au maximum de l’écosystème initial, détruit par la main de l’Homme.


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