Sauver l’intégration, tuer la contrebande

Au moment où l’Union africaine cherche à asseoir les bases du commerce intra-africain à travers l’implémentation de la zone de Libre-échange continentale africaine (Zleca), la fermeture des frontières entre les pays fait un peu désordre. La zone Cemac charrie un potentiel humain et économique avec un marché de près de 60 millions de consommateurs mais reste encore l’espace  économique le moins dynamique du continent. Au bout de plus de quinze années d’âpres négociations, le processus d’intégration sous régionale à travers la libre-circulation des personnes et des biens au sein de cet espace communautaire a été entériné le 31 octobre 2017 au terme de la session extraordinaire de la conférence des chefs d’Etat de la Cemac tenue à N’djamena, la capitale tchadienne. Historiquement, cette question était restée jusqu’ici une des pierres d’achoppement entre les six Etats membres. En principe donc, depuis 2017, date à laquelle les six pays ont décidé d’ouvrir intégralement leurs frontières en application de l’Acte additionnel du 25 juin 2013 portant suppression des visas pour tous les ressortissants de la Cemac circulant dans l’espace communautaire, la libre-circulation des personnes et des biens au sein de la zone Cemac devrait passer à la réalité. Mais près de quatre ans après, même si des progrès ont été enregistrés, ce processus est épisodiquement grippé à cause de logiques protectionnistes 
La fermeture de la frontière depuis octobre 2019 par les autorités équato-guinéennes entraîne des difficultés pour la libre-circulation des personnes mais surtout pour les échanges commerciaux entre les deux pays. Elle fait le lit de la contrebande, véritable fléau qui plombe les recettes douanières entre les deux pays. Sur la frontière terrestre longue de 189 km, plusieurs points de passages clandestins ont été créés par des contrebandiers pour contourner la fermeture de la principale porte d’entrée par voie terrestre (Kye-Ossi-Ebibeyin) entre les deux pays. Malabo mobilise les raisons de sécurité pour justifier cette mesure isolationniste. L’on avait pourtant placé beaucoup d’espoir sur les rencontres bilatérales tenues en juin et juillet 2020 entre les ministres de la défense des deux pays pour régler les tensions et les incompréhensions enregistrées ces dernières au niveau de la frontière terrestre entre les deux pays. A l’observation, l’accord signé à Sipopo en Guinée équatoriale le 21 juillet 2020 n’a pas fait bouger les lignes. 
Cette situation constitue un pied de nez aux processus de rationalisation/fusion des deux Communautés économiques régionales d’Afrique centrale (Ceeac et Cemac) et d’implémentation de la Zlecaf. La levée des barrières à la libre-circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux se présente comme une condition essentielle pour l’émergence d’une économie émergente au sein de cet espace communautaire. Il faut sauver l’intégration sous régionale en Afrique centrale.
 

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