Changeons de fusil d’épaule

Malgré les appels au changement de notre stratégie de développement qui ne booste pas la croissance, les mauvaises pratiques continuent d’entretenir l’extraversion de notre économie. Prônant la rupture avec un modèle contreproductif, la Déclaration de Yaoundé ayant sanctionné la Conférence internationale « Africa21 » tenue en mai 2010, avait insisté sur la nécessité pour l’Afrique de « ne plus importer pour se nourrir ». Plus tard, lors du Comice agropastoral d’Ebolowa en janvier 2011, le président de la République, Paul Biya, sonnait à nouveau la révolte. « Nous avons consacré en 2009, 500 milliards de F pour l’importation de la farine, du riz et du poisson, soit sept fois plus qu’en 1994 ! Nous devons absolument nous libérer de cette dépendance », avait-il lancé. Plus de dix ans après, la réalité a-t-elle changé ? Mille fois non. Car le déficit structurel et chronique de notre balance commerciale reste préoccupant. L’INS relève d’ailleurs qu’au premier trimestre 2021, les dépenses d’importations sont en hausse de 15,4% comparativement à la même période l’année dernière. Pendant la période sous revue, ces dépenses sont évaluées à 1 824 milliards de F, contre 1 406 milliards de F au premier semestre 2020. A cause, entre autres, de la hausse en valeur des importations des produits tels que le riz (21%), le froment (blé) et le méteil (17%). Depuis trois décennies environ, le Cameroun importe plus qu’il ne vend à l’extérieur. « Ce qui entretient une tension permanente de devises et des menaces de récession dues à une probable incapacité d’importer moins de trois mois) », concluent les experts du Centre d’analyse et de recherche sur les politiques économiques et sociales du Cameroun (CAMERCAP-PARC).
Pour éviter le déraillement du train de l’émergence attendu à destination en 2035, les autorités doivent mettre en œuvre le projet de transformation structurelle de l’économie nationale à travers l’industrialisation, « point de passage incontournable pour se développer ».
Le Cameroun dispose des atouts et d’un potentiel sans mesure qu’il faut maintenant transformer en réalité. Pour rompre avec le modèle décrié, il faut agir essentiellement sur trois piliers, soutiennent les économistes cités plus haut. D’abord, changer la structure productive pour la hisser au niveau de productivité et de compétitivité des pays émergents. Il s’agit concrètement de procéder à une diversification horizontale de la production en optimisant les marges existantes sur les matières premières traditionnelles. Puis, élargir la gamme des produits, notamment ceux exportés. Ensuite, passer à la diversification horizontale. C’est-à-dire, adopter résolument le principe de transformer localement nos produits et ne plus les vendre à l’état brut. Sur les 15 premiers produits d’exportation en 2017, huit sont sous la forme brute et représentent jusqu’à 72,4% de la valeur. C’est inacceptable ! 
Le deuxième pilier concerne la transformation du modèle conceptuel du secteur éducation/formation, clé de voûte du progrès. L’enjeu ici est d’offrir des enseignements et des formations qui visent et aboutissent à solutionner les problèmes de développement du pays. Ce n’est qu’ainsi que prendra fin le chômage des jeunes, aggravé par le sous-emploi généré lui-même par un enseignement inadapté.
Troisième pilier, rationaliser la gouvernance des finances publiques par la fonction de l’investissement public. L’Etat jouant ici un rôle d’acteur économique majeur, le BIP doit traduire une philosophie volontariste de patriotisme économique afin de limiter au maximum nécessaire la consommation des biens et services importés qui grèvent son déficit commercial et fait le lit de l’endettement extérieur par la rareté des devises.
 

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