Encore d’importants défis

Pèlerin de la paix, descendu récemment dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest en proie à une crise socio-politique qui perdure depuis fin 2016, le Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute, émissaire du chef de l’Etat Paul Biya, lui-même mendiant de la paix, a remis pendant son séjour les forces vives et les populations de cette partie du pays face à leurs responsabilités devant l’Histoire. C’était notamment l’occasion de leur dire que le gouvernement met en œuvre les recommandations issues du Grand dialogue national en vue du retour à une vie normale dans ces deux régions. Le défi ici, côté pouvoirs publics, est de convertir en actes concrets, le plus rapidement possible, tous les effets positifs escomptés du Statut spécial qui leur a été accordé. Dans cette logique, il faudra aller au-delà des discours et des campagnes d’information ou de sensibilisation autour de la stratégie gouvernementale de sortie de crise pour montrer aux populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest que quelque chose est en train de changer dans leur quotidien, dans le sens de la prise en compte effective des revendications légitimes qui ont été exprimées. Pour être plus convaincant, le Plan présidentiel de reconstruction devra passer à la vitesse supérieure en termes de multiplication des réalisations des projets sur le terrain, en commençant déjà par les zones dites « vertes » ou relativement sécurisées. Dans cette mouvance, l’engagement pris par le chef du gouvernement, le 6 octobre dernier à Bamenda, de relancer incessamment les travaux de construction de l’axe routier stratégique Babadjou-Bamenda actuellement en piteux état est déjà un signal fort. La crédibilité du gouvernement se jouera sur la matérialisation de cette promesse à la charge symbolique incommensurable. Car cette route, une des portes d’entrée du Nord-Ouest, devrait renvoyer une image plutôt positive afin de battre en brèche les discours relatifs à une certaine marginalisation qui nourrirait les frustrations.                                                                                      

Au-delà, le haut commandement des Forces de défense et de sécurité déployées dans les deux régions a pris bonne note du changement de paradigme opéré dans les rangs des groupes armés sécessionnistes, tant au niveau de leur armement qui a renfoncé leurs capacités de nuisance qu’au niveau du soutien extérieur dont ils jouissent. Un ajustement tactique et stratégique s’impose au regard du message délivré par le MINDEF à ce sujet afin de briser la résistance des entrepreneurs de guerre. L’enjeu est de rassurer des populations souvent gagnées par la peur, en protégeant les personnes et efficacement leurs biens. La mutualisation des efforts avec les autorités frontalières du Nigeria voisin devrait également monter d’un cran dans cette approche nouvelle pour que ce pays ne serve pas de base-arrière et ne soit non plus une plaque tournante du trafic des armes et des munitions destinées aux séparatistes.                                                                                                          

En ce qui concerne les responsabilités des forces vives et des populations des deux régions en crise, il faut relever avec force que leur collaboration avec les autorités administratives et militaires doit être plus franche et plus honnête. On ne peut pas nier le fait que la peur des représailles qui s’abattent sur toute personne soupçonnée d’intelligence avec les militaires existe. Mais, cette crainte doit être vaincue dans l’intérêt supérieur du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui n’ont pas un autre avenir que celui tracé au sein de la République. On devrait donc assister à un élan plus massif et collectif des populations, des leaders politiques, religieux et traditionnels locaux pour barrer définitivement la voie aux terroristes et autres bandits de grand chemin qui tirent profit de l’économie de la guerre aujourd’hui savamment entretenue. Même s’ils se cachent de temps en temps dans la forêt, nos frères qui ont pris les armes contre leur propre Nation sont connus des villageois. Ils ne vivent pas au ciel mais bel et bien au sein de la population qui peut les dénoncer si elle le veut pour que ces troubles qui n’ont que trop duré cessent. C’est un impératif à la fois pour le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et le Cameroun tout entier qui doit plutôt, uni dans sa diversité, se consacrer au vrai combat qui vaut la peine d’être mené : la lutte contre le sous-développement.

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