Dialogue et confiance

Le dialogue entre le gouvernement et les enseignants anglophones est appelé à reprendre aujourd’hui dans la salle des conférences des services du gouverneur de la région du Nord-Ouest  à Bamenda. Le communiqué annonçant la convocation de ce second rendez-vous, signé du Pr Ghogomu Paul Mingo, président du comité interministériel ad hoc  chargé d’examiner et de proposer des solutions aux préoccupations soulevées par les enseignants anglophones, précise la liste nominative et qualitative des 29 membres dudit comité ad hoc ainsi que celle des 25 membres du secrétariat technique. Cette liste est porteuse d’une évolution survenue après l’interruption des travaux de la première session du dialogue organisée à Bamenda le mardi 27 décembre 2016.  Les représentants des syndicats des enseignants anglophones avaient alors quitté la salle de travail peu après la séance d’ouverture, « se fondant sur des revendications sans lien avec l’éducation », selon la déclaration rendue publique par le président du comité ad hoc. Une attitude porteuse de méfiance, de doute ou d’arrière-pensées. De leur côté, les syndicalistes, à travers leur porte-parole, Tassang Wilfred Fombang, représentant du  Cameroon Teachers Trade Union (CATTU), ont motivé leur départ par deux raisons. En premier lieu, selon ces syndicalistes, le comité n’aurait pas été bien constitué, car « nos frères du Sud-Ouest ne sont pas invités  et ça pose un problème grave». En second lieu, disaient-ils, « la communauté anglophone … demande que les enfants qui ont été kidnappés et détenus ( ndlr :lors des violences du 8 décembre) soient ramenés à leurs parents avant que les pourparlers ne recommencent. »Ces deux préoccupations ont d’ores et déjà été prises en compte par le gouvernement. Comme indiqué plus haut, la liste des membres du comité ad hoc a évolué, le président dudit comité ayant signé dans les premiers jours de janvier 2017 un communiqué portant désignation de huit personnalités issues du Sud-Ouest pour la plupart. Quant au second point, c’est avant-hier mardi 10 janvier  que 21 personnes détenues dans le cadre des violences du 8 décembre dernier à Bamenda ont été libérées.
 Bien que ces deux exigences ne figuraient pas sur la liste des préoccupations portées depuis novembre dernier sur la table des négociations, l’on peut observer que le gouvernement a fait des concessions  pour trouver des solutions aux problèmes ainsi posés et maintenir ouverte la porte du dialogue. C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’il avait déjà pris des initiatives de prise en compte des préoccupations des enseignants anglophones avant le premier rendez-vous manqué interrompu à Bamenda. Sans être exhaustif, il y a lieu de rappeler deux décisions présidentielles. La première est relative à l’octroi d’une dotation spéciale de deux milliards Fcfa au titre d’une subvention aux établissements privés laïcs et confessionnels. La seconde porte sur le recrutement spécial de 1 000 jeunes Camerounais bilingues diplômés de l’Enseignement supérieur en matières scientifiques et techniques. Une autre annonce gouvernementale importante : le recensement en cours des enseignants anglophones du secondaire en matières scientifiques  en vue de leur déploiement pour combler le déficit observé dans les établissements du sous-système éducatif anglophone.
 Les initiatives et les annonces évoquées n’ont pas déterminé les syndicats des enseignants anglophones à lever le mot d’ordre de grève afin que la rentrée scolaire du second trimestre  se déroule normalement comme prévu le 9 janvier dernier. Voici que deux décisions importantes, en réponse aux revendications de ces syndicats, ont d’une part  fait évoluer la liste des membres du comité ad hoc dans le sens souhaité par eux et d’autre part fait libérer des personnes détenues suite aux violences du 8 décembre 2016 à Bamenda, marquent la détermination des pouvoirs publics à réunir les conditions d’un dialogue  fructueux . Mais le dialogue sincère exclut le doute et la méfiance. Le dialogue se construit dans la confiance réciproque et le respect des règles et des valeurs qui fondent notre vivre-ensemble : la paix et la justice sociale, l’unité nationale.

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