Immigration basée sur l’emploi : ça sent l’arnaque

Des Camerounais et des étrangers sont de plus en plus victimes de ce stratagème conduisant au trafic d’êtres humains à travers le monde.

Assis dans des coins de la direction de la Police judiciaire à Yaoundé, 15 Congolais sont de nouveau libres de leurs mouvements. Certains sont sur leurs smartphones, et d’autres en pleine conversation en lingala, leur langue. En ce début de matinée du 12 janvier 2026, ils n’ont qu’un rêve : retrouver leur Kinshasa natal. S’ils peuvent de nouveau se projeter en « toute lucidité », c’est grâce à la Délégation générale à la Sûreté nationale.

Après des mois de séquestration dans un duplex au quartier Mimboman, dans le quatrième arrondissement de Yaoundé, ils ont été extirpés des mains de leurs ravisseurs le 10 décembre 2025. « On leur avait fait miroiter des emplois rémunérés à hauteur de 500 000 F Cfa le mois. Après avoir dépensé plus d’un million pour le voyage, ils ont dû débourser plus de 700 000 F une fois sur place, pour une supposée formation en marketing digital. Un schéma bien huilé semblable à un lavage de cerveau », confie l’un des enquêteurs.
Amaigris et affaiblis par les conditions de séquestration, 14 personnes retenues contre leur gré au lieu-dit Manassa du côté de Mfou, dans le département de la Mefou-et-Afamba, région du Centre, ont également été tirées des mains de leurs ravisseurs par les éléments du Groupement de gendarmerie territoriale du Moundi en avril 2025. Parmi les victimes, des étrangers originaires de Madagascar, de la RDC, du Tchad et de la République centrafricaine. Mais aussi des ressortissants des régions du Nord et du Sud-Ouest Cameroun.

Le 27 mai, suite à un renseignement, le poste de gendarmerie d'Ebom mène une opération au lieu-dit «Essono City», après le quartier Nsimeyong, dans la commune de Yaoundé III. Les membres de ce réseau de trafic d'êtres humains à l'échelle internationale tombent finalement dans la nasse des pandores. « Ces malfrats se cachaient derrière un réseau estampillé « Qnet ». Puis, se servaient de cette structure, bien qu'interdite de fonctionnement au Cameroun et dans plusieurs pays africains, pour faire de l'escroquerie à grande échelle », explique, au moment des faits, le commandant du Groupement de gendarmerie territoriale du Mfoundi, le lieutenant-colonel Alain Ndongo.

Ces 14 victimes n'étaient pas les premières à se faire avoir par des personnes sans foi ni loi. Sur les réseaux sociaux, trois Camerounais, âgés de 20 à 35 ans, avaient également promis à des étrangers de bons emplois avec des salaires bien rémunérés. C'est ainsi que 13 jeunes de Madagascar et de la RDC ont sauté dans le premier avion pour Yaoundé. Mais une fois sur place, tous ont été séquestrés dans un domicile au quartier Nkomo.

Informé de la présence de ces étrangers dans la capitale, le secrétaire d'État à la Défense, chargé de la gendarmerie, Galax Etoga, a déployé le Commandement opérationnel de la gendarmerie nationale dans la zone le 18 mars 2025. Les 13 victimes ont été retrouvées en vie. Certaines y étaient depuis octobre 2024. Si cette fois, ce sont des étrangers qui ont été dupés, des Camerounais ont vécu par le passé la même expérience dans d'autres pays et pour des mêmes raisons.

Mode opératoire
L’immigration pour le travail fait de plus en plus de victimes. Ce phénomène, aussi connu sous le nom de « scam », est une forme de fraude en ligne qui exploite les rêves et les aspirations de personnes cherchant à travailler hors de leur pays. Les ravisseurs exploitent des personnes désireuses de quitter leur pays d'origine pour échapper à la pauvreté, aux conflits et aux crises, ou qui aspirent à de meilleures conditions de vie. « C’est via les plateformes Internet que des personnes malveillantes passent pour proposer leurs services. Elles prétendent représenter soit des entreprises, des organisations ou encore des consultants en immigration. Elles utilisent souvent de faux documents pour tromper leurs interlocuteurs », précise le lieutenant-colonel Parfait Nana II, chef du poste de Commandement opérationnel de la gendarmerie nationale.

Les fraudeurs se présentent souvent comme des consultants en immigration ou des employeurs, promettant des visas, des permis de travail et des emplois bien rémunérés, dans des domaines comme les TIC, le commerce et le marketing. Les personnels de maison aussi et davantage. Ils assurent dès lors leurs proies quant à l'obtention d'un emploi ou d'un visa dans les plus brefs délais. En contrepartie, ils demandent de déposer de l'argent dans un compte bancaire personnel ou de payer des frais par d'autres moyens inhabituels. « J'ai été contacté sur Internet par un inconnu qui me proposait un travail bien rémunéré, le logement et des frais de transport à la charge de l’employeur. Dès mon arrivée, ils m’ont kidnappé et séquestré pendant des mois », confie Mieux Mawumba, Congolais.

Très souvent, le bourreau n'est pas une personne inconnue. « Des proches servent souvent d’appât. Car, il faut bien mettre la cible en confiance. Ils vont donc faire des propositions d’emploi aux salaires alléchants et faire croire à la victime qu’ils sont eux-mêmes passés par là », détaille le lieutenant-colonel Parfait Nana II.

Des victimes à la pelle
Selon les enquêteurs, le taux d’arnaques et de fraudes liées à la migration de travail a augmenté face à la rareté de l'emploi salarié et l'essor d'Internet. D’après les données officielles, plus de 150 Camerounais se sont retrouvés bloqués au Ghana en 2022, après avoir payé environ 550 000 F Cfa pour un faux contrat. La même année, 514 cas confirmés de traite et 190 cas de trafic ont été enregistrés &agrav...

Reactions

Commentaires

    List is empty.

Laissez un Commentaire

De la meme catégorie