« La sélection procède par élimination négative »

Dr Christian Pout, ministre plénipotentiaire, président du Think Tank CEIDES et Visiting Associate Professor et directeur du Séminaire de géopolitique africaine, Faculté des sciences sociales, d’économie et de droit de l’Institut catholique de Paris, enseignant associé à l’IRIC.

Sept candidats sont en course au poste de secrétaire général de l’ONU dont l’élection a lieu ce jeudi 30 juillet 2026. Quel regard jetez-vous sur les profils de ces personnalités ? D'abord, quatre registres de légitimité coexistent désormais. Celui de l'au­ torité politique, porté par d'anciens chefs d'État, Michelle Bachelet et Macky Sall, qui savent ce que décider sous contrainte veut dire. Celui de la maîtrise systémique, incarné par Rafael Grossi à l'AIEA et par Rebeca Grynspan à la CNUCED, qui connais­ sent la machine onusienne par ses budgets et par ses inerties. Celui de la fluidité procédurale, avec María Fernanda Espinosa, ancienne Prési­ dente de l'Assemblée générale, et Carolyn Rodrigues-Birkett, représen­ tante permanente du Guyana, rom­ pues à la grammaire des négociations multilatérales. Celui enfin de l'homme du secrétariat, avec Olara Otunnu, qui a exercé comme Secrétaire gé­ néral adjoint et premier représentant spécial pour les enfants et les conflits armés après avoir représenté son pays au Conseil de sécurité, il connaît la maison par ses rouages. Ensuite, deux faits sociologiques structurent la course. Quatre des sept candidats sont des femmes, ce qui pourrait clore un monopole masculin de 81 ans. Aussi, la géographie s'est-elle recomposée en fin de semaine. A cinq candidatures latino-américaines et caribéennes répondent désormais deux candidatures africaines. Enfin, nous faisons le constat d’une mé­ thode différenciée, malgré un champ homogène dans le diagnostic. Tous reconnaissent une organisation en crise financière et en crise de crédi­ bilité. Ce qui les sépare, c'est le levier privilégié : l'intervention du SG dès qu'un État déclenche une agression pour M. Grossi, la présence accrue sur les terrains de conflit pour Mme Grynspan, l'autorité morale assumée face aux pressions d'un grand contributeur pour Mme Ba­ chelet, la prévention érigée en prin­ cipe opérationnel pour Mme Espi­ nosa, l'engagement sur toutes les crises pour Mme Rodrigues-Birkett, et la construction de ponts pour M. Sall. A l’issue du débat entre les can­ didats jeudi dernier sur l’avenir de l’ONU, lequel des projets de société vous semble à même de séduire les 15 membres du Conseil de sécurité à qui revient la décision finale ? Une précision de procédure permet­ trait de mieux répondre à votre ques­ tion. Le 30 juillet ouvre une séquence de votes indicatifs à huis clos, non un scrutin décisif. Or cette mécanique révèle une vérité que l'on a tendance à oublier. Au Conseil de sécurité, ce n’est pas le projet le plus ambitieux qui l'emporte, c'est le projet le moins bloquant. La sélection procède par élimination négative et non par adhé­ sion positive. Un candidat n'a pas besoin de convaincre quinze États, il a besoin de n'être inacceptable pour aucun des cinq membres per­ manents. C'est une logique d'exclu­ sion déguisée en élection. Par consé­ quent, le projet le mieux placé sera celui qui associe une promesse de réforme lisible à un profil de friction politique faible. Cela explique pour­ quoi M. Grossi est fréquemment pré­ senté comme l'un des favoris sans que la course soit pour autant ver­ rouillée. Son crédit est d'abord tech­ nique, donc peu clivant. Cela explique aussi les fragilités adverses. Mme Bachelet, figure de la gauche latino- américaine, suscite l'hostilité de plu­ sieurs élus républicains américains, tandis que les positions de Mme Es­ pinosa en matière de justice sociale sont susceptibles de déplaire aux conservateurs à Washington. Quant à M. Sall, sa candidature demeure contestée dans une partie de l'opi­ nion en raison du bilan de la répres­ sion des manifestations d'opposition sous sa présidence, tout en ayant reçu le 20 juillet le soutien officiel de son successeur, Bassirou Diomaye Faye. L'entrée de M. Otunnu à quelques heures du premier scrutin appelle par ailleurs une lecture pru­ dente. Une candidature déposée si tard n'est presque jamais conçue pour gagner le premier...

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