« Il faut sensibiliser l'ensemble des acteurs aux enjeux liés aux sols »

Dr Ndzana Georges Martial, enseignant-chercheur des universités, expert international en santé des sols et changement climatique.

Quels sont les principaux résultats que le rapport 2026 sur la santé des sols met en évidence ? Le rapport montre avant tout que les sols continuent de subir des pressions croissantes alors qu'ils constituent la base de nombreux services essentiels à l'humanité. Parmi les principales me­ naces figurent l'érosion, l'appauvris­ sement en matière organique, la perte de carbone des sols, les déséquilibres nutritifs et la pollution. Ces phéno­ mènes réduisent progressivement la fertilité des terres et leur capacité à soutenir durablement les systèmes agricoles. Le rapport souligne égale­ ment que la pollution des sols devient un enjeu majeur dans de nombreuses régions du monde, sous l'effet de l'in­ tensification des activités humaines et de l'accumulation de substances polluantes. À cela s'ajoutent les impacts du changement climatique qui accen­ tuent les sécheresses, les inondations et les événements météorologiques extrêmes, aggravant ainsi les processus de dégradation. Le message central du rapport est clair : bien que des so­ lutions existent et que certains progrès aient été enregistrés, les efforts actuels restent insuffisants pour inverser du­ rablement la tendance. Sans accélé­ ration des actions de conservation et de restauration, les conséquences sur la production alimentaire, la biodiversité et la résilience climatique pourraient être considérables. Quels enseignements spécifiques l'Afrique peut-elle tirer de ce rap­ port, notamment dans un contexte marqué par l'insécurité alimen­ taire, le changement climatique et la pression sur les terres agri­ coles ? Le premier enseignement est que la santé des sols doit être considérée comme un enjeu stratégique de déve­ loppement. L'Afrique ne pourra pas répondre durablement aux défis de la sécurité alimentaire et de la croissance démographique sans préserver sa res­ source foncière. Deuxièmement, l'avenir de l'agriculture africaine repose da­ vantage sur l'amélioration de la pro­ ductivité des terres existantes que sur l'extension permanente des sur­ faces cultivées. Cela implique de res­ taurer les sols dégradés et de pro­ mouvoir des pratiques agricoles plus durables. Troisièmement, parmi les constats les plus préoccupants du rap­ port, figure la perte continue de car­ bone organique des sols, l'une des principales menaces pesant sur les fonctions des sols à l'échelle mondiale. Lorsque les sols perdent leur carbone, ils perdent également leur fertilité, leur capacité à retenir l'eau et leur po­ tentiel à stocker le CO₂, contribuant ainsi au changement climatique. Mais le rapport porte aussi plusieurs mes­ sages d'espoir parmi lesquels : les sols ne sont pas seulement une victime du changement climatique, ils font partie de la solution. En investissant dans la gestion durable des sols et la restauration de leur carbone, nous pouvons simultanément améliorer la sécurité alimentaire, renforcer la rési­ lience des systèmes agricoles et contri­ buer à l'atténuation du changement climatique. Les solutions existent déjà. L'agroforesterie, l'agriculture de conser­ vation, la gestion intégrée de la fertilité et la restauration des terres ont dé­ montré leur efficacité dans plusieurs régions du continent. Le défi consiste désormais à les déployer à une échelle beaucoup plus importante. En r...

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