« Les forces armées participent à la création d'un climat favorable aux investissements »

Dr René Yatcho Nyaben, économiste du développement.

Cette année encore, le développement est l’une des préoccupations majeures de la Fête nationale. Et, ce développement est mis en relation avec l’unité nationale et la défense du territoire. Comment comprenez-vous ce choix ? Le développement n'est jamais un processus virtuel, une sorte d’abstraction technique qui s'auto-générerait. Il s'agit au contraire d'une dynamique profondément humaine qui nécessite une adhésion collective pour transformer la création de richesses en un progrès social tangible. L'unité nationale n'est donc pas un simple slogan décoratif pour la Fête nationale, c'est le socle opérationnel sans lequel tout projet, aussi pertinent soit-il sur le papier, n’a aucune valeur stratégique. Dans mon expérience des réalités locales, j'ai souvent constaté que l'efficacité d'une politique de développement se heurte à ce que j'appelle les « frottements administratifs ». Si l'administration reste cloisonnée, tatillonne ou, pire, minée par des logiques clientélistes et des replis identitaires, de nature tribaliste ou régionaliste, l'énergie nationale se fragmente au lieu de se sédimenter. La défense du territoire prend alors tout son sens car, elle ne concerne pas uniquement les forces de défense aux frontières, mais constitue un pacte de sécurité global où chaque citoyen devient acteur de la stabilité. Sans cette stabilité, l'édifice social s'apparente à ce « château de sable » évoqué dans les textes évangéliques. Pour tout économiste du développement, il est clair que la stabilité politique est le premier intrant de la croissance. Cela exige un Etat stratège, capable d'irriguer tout le territoire, du centre aux localités les plus reculées, par une gouvernance apaisée et réellement opérationnelle. Enfin, cette cohésion est une responsabilité qui incombe particulièrement aux intellectuels et leaders d'opinion qui doivent s’interdire de théoriser la division pour des intérêts égoïstes mais, au contraire, cultiver un esprit de dialogue qui transforme la diversité en une force économique de premier plan. Au Cameroun, on sait que l’armée assure surtout la sécurisation des personnes et de leurs biens. Mais, elle se voit parfois aussi confiée la réalisation de divers projets d’infrastructures. Quelle analyse pouvez-faire de la contribution des forces de défense et de sécurité dans ce domaine ? L’armée camerounaise, loin de se définir uniquement par sa mission régalienne de protection, constitue un corps social dont la structuration repose sur des principes d'ordre, de discipline et de neutralité opérationnelle. Ces caractéristiques lui confèrent une capacité d'action spécifique dans le domaine économique. En garantissant la sécurité des transactions et la fluidité des axes de communication, l'institution militaire participe activement à la création d'un climat de confiance indispensable aux investissements, tant nationaux qu'internationaux. Cette présence rassurante sur l'ensemble du territoire assure la continuité du droit à la circulation, à la production et à la redistribution. Au-delà de la sécurisation, la connaissance du terrain et le maillage territorial des forces de défense permettent une approche proactive du développement. Les décideurs politiques sollicitent ainsi régulièrement les capacités scientifiques et techniques de l'institution dans le cadre de projets d'intérêt général. L'expertise du Génie militaire, notamment dans le désenclavement routier et la réalisation d'infrastructures immobilières complexes, illustre cette contribution directe à l'équipement du pays. Cependant, cette influence s'étend à d'autres secteurs vitaux. Dans le domaine de la santé, le réseau des hôpitaux militaires joue un rôle de premier plan en offrant des plateaux techniques performants accessibles à la population civile. Sur le plan socioculturel, l'apport des formations musicales militaires participe à la cohésion nationale et au rayonnement de l'identité camerounaise lors d'événements de portée mondiale. En somme, l'intégration des forces de défense dans les processus de développement économique et social transforme l'institution en un instrument de résilience nationale. Un confinement de l'armée à la seule défense territoriale serait, dans le contexte actuel, serait un anachronisme au regard des impératifs de construction de l'Etat. Notre pays fait face à diverses crises sécuritaires. Quel est l’apport de la sécurisation des personnes et des biens dans les zones de tensions, spécifiquement, et dans le pays tout entier, globalement ? L'intervention des forces de défense est impérative pour restaurer la stabilité nécessaire à la reprise des échanges. L'action militaire permet de réduire les dissonances sociales et de restaurer l'autorité de l'Etat. Cependant, l'analyse économique et sociologique suggère que les réponses purement militaires, bien que nécessaires, ne sauraient suffire face à des crises aux racines historiques ou confessionnelles profondes. La sécurisation doit donc être conçue comme le préalable à un accompagnement politique et social d'envergure. La pérennité de la paix repose sur cette articulation entre la force publique, chargée de neutraliser les perversités sécuritaires, et une gouvernance proactive capable de traiter les causes structurelles de la fragilité. Les forces de défense et de sécurité interviennent régulièrement aussi à travers des actions civilo-militaires (dons divers, campagne de santé, éducation en zones de crise, etc.). Quel commentaire vous inspire ces interventions ? Les actions civilo-militaires constituent un levier stratégique dans la doctrine de défense moderne. Loin d'être des interventions périphériques ou symboliques, ces initiatives, qu’il s’agisse de campagnes de santé, de soutien éducatif ou de dons de première nécessité, participent à la consolidation du lien entre l'institution militaire et la nation. La légitimité et l'efficacité opérationnelle des forces de défense dépendent, en grande partie, de cette symbiose avec les populations civiles. Dans une perspective de développement, ces actions permettent de combler temporairement des déficits de services publics dans des zones de fragilité ou d’accès difficile. En intervenant dans les secteurs sociaux de base, l'armée sécurise non seulement l’espace géographique, mais également l’adhésion des citoyens au projet national. Cette présence humanisée réduit les barrières p...

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