Au-delà de la colère

Les Camerounais ont vécu depuis la dernière quinzaine, des jours particulièrement agités. Deux raisons à cela : la résonance médiatique de l’échange inattendu entre le président français, Emmanuel Macron, et un individu qualifié d’activiste, sur la situation politique au Cameroun ; et la charge de Human Rights Watch, une ONG américaine, contre l’armée camerounaise, au sujet d’un supposé massacre de populations dans le Nord-Ouest. Les deux événements, délibérément relayés et commentés dans les réseaux sociaux, ont été suivis de vives manifestations de colère. Une avalanche de réactions de désapprobation émanant aussi bien des Camerounais de l’étranger que de l’intérieur. Leaders politiques et leaders d’opinion, chefs traditionnels, éditorialistes, société civile et religieuse, universitaires, tout ce qui compte au Cameroun a exprimé son indignation et a condamné ce qui s’apparente d’un côté à une atteinte à la dignité présidentielle et de l’autre, à une énième manœuvre de déstabilisation orchestrée par l’ONG américaine.
Avant ce concert de protestations, la réaction officielle avait été enregistrée, à travers deux déclarations publiques du ministre de la Communication et un communiqué du ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République.
Dans l’hystérie de ces mouvements grégaires, peu de personnes ont pourtant questionné la proximité des deux événements. En effet, même si le lien entre les élucubrations d’un activiste et les accusations de Human Rights Watch ne saute pas aux yeux, il est loisible d’observer que les deux incidents concourent à la dégradation de l’image du Cameroun, en remettant gravement en cause sa volonté de protéger les populations victimes de violences dans les zones de conflit et sa détermination à enrayer définitivement les crises sécuritaires et politiques.
La perception par nos partenaires de la gestion des crises que subit le Cameroun est un autre paradigme d’analyse intéressant. En effet, au lendemain de l’organisation du Grand dialogue national et du double scrutin électoral, et après la promulgation de la loi octroyant un statut spécial aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le Cameroun a reçu de l’ONU, de l’Union africaine, du Commonwealth et de la Francophonie, des messages forts d’approbation et d’encouragement. Ces partenaires institutionnels l’exhortaient alors à aller un peu plus vite et un peu plus loin dans la mise en œuvre des recommandations issues du Grand dialogue national. Comment expliquer que si peu de temps après ces premiers signaux positifs, le doute soit soudain jeté sur la volonté politique des dirigeants, et l’oreille ouverte avec une telle facilité, pour ne pas dire une telle complaisance, au récit d’une ONG dont les motivations et les méthodes sont connues de tous ?
Autant le dire, ou le redire : l’Afrique est la nouvelle ligne de front entre une Chine conquérante qui fait peur et un Occident qui entend limiter l’influence croissante de celle-ci. Ainsi, afin de garder sous son contrôle l’une de ses sphères d’influence traditionnelles, l’Afrique, l’Occident a-t-il abandonné le Soft Power culturel qu’il exerçait sur elle, pour imposer de manière directe et brutale, la culture de ses valeurs à lui et l’étendard des droits de l’Homme. Et pour ce faire, il dispose d’une arme fatale, ses ONG, dont le système de financement a fini de convaincre que leur véritable raison d’être était aux antipodes de l’humanitaire. Les « atrocités » qu’elles dénoncent n’étant en réalité destinées qu’à fournir le prétexte d’une immixtion de la communauté internationale, ou d’une intervention militaire.
Il n’est pas superflu d’ajouter que beaucoup de guerres, de bombardements ou d’occupations de pays souverains, se sont octroyé de cette manière le statut de « guerres justes », alors qu’ils se perpétraient en parfaite violation du droit international et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Afin d’étayer ces évolutions, le journaliste allemand Michael Lüders a démystifié et expliqué le rôle de l’Occident dans les violences qui ensanglantent le Proche-Orient, dans un ouvrage-clé paru en 2017 sous le titre : Ceux qui récoltent la tempête. Il y dévoile sans ambages les manœuvres des puissances occidentales et lance un avertissement : « Méfiez-vous de ceux qui se gargarisent avec les « valeurs » au lieu de désigner les intérêts ». En observant la situation du Cameroun, accusé en permanence de bafouer les droits de l’Homme par Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières et toujours sur la sellette dans les médias, chacun peut se faire sa petite idée sur les véritables motivations de ce harcèlement. 
Si l’on devait néanmoins tirer quelques leço...

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