Pape Diouf : l’homme aux 1000 vies

Journaliste, agent de joueur et dirigeant sportif, le Sénégalais décédé mardi dernier des suites de coronavirus a marqué son époque.

Dire qu’il avait l’air inébranlable est un euphémisme. En réalité, Pape Diouf faisait penser à un véritable roc, capable de faire face à toutes les tempêtes. C’est dire si l’annonce de son décès des suites du coronavirus, mardi dernier au Sénégal, où il vivait en grande partie depuis quelques années, semble toujours irréelle. Pourtant, à (seulement) 68 ans, il s’en est bien allé, laissant le monde du football complétement groggy. Sous assistance respiratoire depuis samedi dernier à Dakar, il a fait deux arrêts cardiaques. Le second lui sera fatal. Tout était pourtant prêt pour une évacuation vers la France
Les plus jeunes gardent l’image d’un consultant de Canal + sans filtre et aux convictions fortes. Qui a oublié qu’au plus fort du débat autour des capacités du Cameroun à organiser la CAN 2019, il avait réclamé des autorités de la CAF plus d’égards pour le pays des Lions indomptables ? Les plus anciens, eux, se souviennent du journaliste, de l’agent de joueur, de l’écrivain et surtout du dirigeant sportif. Pape Diouf restera en effet comme le premier noir à diriger un club d’envergure en Europe. En l’occurrence, l’Olympique de Marseille où il a laissé une empreinte indélébile (2005-2009).
Né au Tchad, c’est au Sénégal que Pape Diouf passe son enfance avant de rejoindre Marseille à 18 ans. Il devient pigiste dans un journal où il fera office de spécialiste de l’OM. Après d’autres aventures dans la presse sportive, Pape Diouf va mettre à profit ses relations dans le milieu du football pour se reconvertir en agent de joueur. Dans son escarcelle, des noms comme Basile Boli, Marcel Desailly, Didier Drogba ou encore Joseph-Antoine Bell.
Sa carrière prend une autre tournure en 2004 lorsqu’il est nommé manager général de l’OM puis président un an plus tard. On disait le club ingérable ? Pape Diouf remet de l’ordre dans cette bouillabaisse. L’équipe ne gagnera pas de titre avec lui mais elle revient clairement sur le devant de la scène. En 2009, il est malheureusement remercié par le club pour cause de divergences. « C'était un grand président avec une grande connaissance du football. Il maîtrisait parfaitement la manière dont ce milieu fonctionne. C'était un passionné qui défendait l'OM avec efficacité et droiture. Ce qui est la marque des grands présidents », a reconnu son « meilleur ennemi », Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais
Les offres d’autres clubs ne manquaient pas mais Pape Diouf s’est toujours montré fidèle au club de son cœur. Et il préférait partager son expérience à travers le monde. A ce titre, il était venu plusieurs fois au Cameroun, pour participer notamment aux Universités du marketing, de la communication, et des médias. Jacques-Henri Eyraud, actuel président de l’OM, a annoncé un hommage « qu’il mérite ». Du moins, quand la situation le permettra.  
 

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