Enfants disparus de la Briqueterie: Un an après, toujours introuvables…

Les parents des deux enfants perdus de vue en juillet 2014, gardent espoir malgré la douleur. Non loin d’eux, depuis 2011, d’autres familles vivent le même drame.

 

Dans un bloc du quartier Ekoudou, plus connus sous le nom de Briqueterie, une friteuse de poisson attire beaucoup de monde. Parmi eux, la tante de Hadija, une petite fille de trois ans, portée disparue le 9 juillet 2014. « Je n’ai pas envie d’en parler, la douleur est encore trop forte », annonce-t-elle, avant de se raviser. Des trémolos dans la voix, elle raconte que sa nièce avait « deux ans et demi quand elle a disparu. Elle jouait chez notre voisine avec d’autres enfants, vers la mosquée blanche. Puis les autres enfants ne l’ont plus vue. » Depuis, chaque jour est signe de nouvelle souffrance. « Vivre avec un tel poids, c’est comme baigner dans un cauchemar », raconte la tante éplorée. « Sa mère, ma sœur, Zenabou est repartie habiter au Gabon d’où elle était venue pour accoucher son deuxième enfant. Ici, tout lui rappelle sa fille », dit-elle.

Comme pour les autres familles sans nouvelles de leurs enfants, l’espoir reste au rendez-vous. Un sixième sens leur permet de croire que leur enfant est vivant quelque part. Sans informations, il est difficile de faire son deuil. « Comment y arriver quand on espère qu’elle est encore en vie ? Quand la police ne vous apporte pas de nouveaux éléments sur les recherches, vous avez tendance à jeter l’éponge », avoue la tante. Cette flamme de l’espoir, les parents la ravivent comme ils peuvent, chacun à sa manière. Comme Zenabou, la maman d’Hadija, la mère du petit garçon disparu l’an dernier à la même période, a décidé de quitter la Briqueterie, pour tenter de passer à autre chose. « Elle a déménagé pour Biyem-Assi, mais je ne sais où exactement », croit savoir un voisin.

Si leur cauchemar date de l’année dernière, deux familles vivent dans l’inquiétude depuis quatre ans. Dans un coin du salon de Haminatou Hamadjam, une photo trône avec une petite particularité. « Nous l’avons prise dans un parc de la ville. Ma belle-mère était venue nous rendre visite après le “départ” d’Ahmed », raconte sa mère. Ahmed, 4 ans au moment de sa disparition le 30 novembre 2011, figure pourtant sur l’image. Un miracle signé Photoshop. Son père a insisté pour ce collage. « Il ne voulait pas que quand son fils revienne, il nous demande pourquoi il n’est pas sur cette photo », lance-t-elle. Depuis ce jour du 30 novembre 2011, quand Ahmed est allé mettre du beurre-chocolat dans son morceau de pain à la boutique, il n’est plus jamais revenu. Le sommeil est difficile à trouver, surtout quand les fausses alertes s’en mêlent.

Un mois après le drame, ils sont appelés par la police qui fait état d’un enfant retrouvé à l’aéroport. A l’arrivée, la déception. Le garçon était âgé de 7 ans, alors qu’Ahmed avait 4 ans. Aucune occasion de le retrouver n’est négligée. Quand à Bamenda, des enfants disparus avaient été retrouvés, le père d’Ahmed a fait le déplacement. Là aussi, il est rentré sans son fils. L’attente optimiste se poursuit en prières. « Je supplie Dieu pour qu’il me revienne s’il est encore en vie », espère Haminatou. Même positivité chez Fadimatou Yarma, la mère de Fadimatou Aboubakar, perdue de vue le 26 février 2011. « J’ai tout laissé à Dieu, c’est lui qui va nous la rendre », accepte-t-elle, non sans se livrer à des pratiques moins croyantes. Il faut bien croire en quelque chose dans ces moments-là. « Mon père, décédé aujourd’hui, s’y connaissait un peu. Il nous a demandé d’accrocher ses vêtements à une porte, et si après trois jours ils tombaient, cela voulait  dire qu’elle est morte. Depuis quatre ans, ils sont toujours accrochés. Elle est donc toujours en vie », conclut Fadimatou Yarma. Malgré la souffrance qu’ils partagent, ces parents ont un autre lien : l’espoir.

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