Une nouvelle impulsion pour le bilinguisme

Ainsi donc la loi portant promotion des langues officielles a été adoptée par le Parlement. Inutile de gloser sur certains détails qui ont suscité quelque débat lors de sa discussion à l’Assemblée nationale. En attendant l’aboutissement de la procédure de sa promulgation par le président de la République, il est loisible de penser que l’usage des langues officielles est désormais encadré par un instrument juridique de référence dans notre pays. Il ne pouvait en être autrement quand on sait que la promotion du bilinguisme « sur toute l’étendue du territoire », telle qu’expressément stipulée dans la loi fondamentale s’est avérée à l’épreuve des réalités, comme une simple déclaration d’intention. Dans les administrations publiques, les mentalités et les pratiques généraient certaines frustrations. Les récriminations les plus véhémentes viennent souvent des citoyens originaires des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui éprouvent des difficultés à se faire accueillir dans les services publics. Malgré le discours officiel qui garantit le caractère égalitaire de nos deux langues officielles.
L’adoption de cette loi vient ainsi combler un vide juridique qui existait jusqu’ici. Elle constitue surtout une réponse aux attentes et des populations des deux régions sus-citées qui utilisent principalement l’anglais comme langue de travail et qui avaient le sentiment d’être progressivement « francophonisés ». Ce nouvel instrument juridique traduit surtout la volonté du président de la République d’instaurer l’équité entre les deux communautés linguistiques du pays afin d’assurer leur plus grande représentativité au sein des institutions publiques. Cette détermination à « corriger les manquements » est impulsée d’ailleurs depuis quelque temps par les services de la présidence de la République à travers les textes présidentiels sont dorénavant publiés simultanément dans les deux langues officielles.
La nouvelle loi vient donc instaurer une sorte d’aggiornamento au sein de toutes les institutions publiques qui devront aménager en leur sein des mécanismes pour mettre en œuvre ces nouvelles prescriptions légales car, « les usagers des entités publiques ont le droit de communiquer et d’échanger avec celles-ci dans l’une ou l’autre langue officielle ». La nouvelle loi dispose que la transcription d’une langue à l’autre se fera uniquement par les professionnels en la matière. L’article 17 de ce projet de loi dispose que les articles de presse, et tout autre document de communication institutionnelle, doivent être produits et rendus possibles dans les deux langues officielles. Dans ce texte, l’État se donne d’ailleurs pour devoir de tout mettre en œuvre pour promouvoir la pratique du bilinguisme dans les structures publiques. En dehors de l’espace public, il reviendra également à la puissance publique d’encourager cette pratique dans les entités privées, organisations patronales et syndicales, ainsi que diverses organisations de la société civile. Dans ce sens, l’État mettra en place des structures de formation pour permettre aux citoyens de renforcer leurs connaissances dans ces deux langues.
L’adoption de cette loi quelques semaines après la tenue du Grand dialogue national traduit la ferme volonté du président de la République à mettre en œuvre les recommandations de cette grande rencontre qui avait réuni les Camerounais de toutes les régions et ceux de la diaspora. Bien avant ce rendez-vous national, le chef de l’Etat s’était déjà montré proactif avec la création depuis janvier 2017 de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme dont l’une des missions est « d’assurer le suivi de la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles faisant de l’anglais et du français deux langues officielles d’égale valeur, et notamment leur usage dans tous les services publics (…) ». Cette détermination présidentielle à instaurer un bilinguisme intégral s’est encore manifestée il y a quelques jours par sa récente décision d’instruire le recrutement de 500 traducteurs et traducteurs-interprètes sur une période de cinq ans.
 

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