« Il faudrait garder le cap »

Manassé Aboya Endong, professeur titulaire des universités, directeur exécutif du Groupe de recherches sur le parlementarisme et la démocratie en Afrique (GREPDA)

Professeur, le gouvernement Dion Ngute a eu un an ce 4 janvier 2020. Quel regard jetez-vous sur cette première année ?

Lorsqu'on prend en compte le contexte dans lequel le gouvernement Dion Ngute a été formé, on ne peut qu'être satisfait de ce qu’il a pu entreprendre et réaliser, en termes de performance, dans un contexte particulièrement difficile. C'est un gouvernement qui a de manière courageuse et sans round d'observation, travaillé à stabiliser les tensions post électorales. Mais le plus dur était pour ce gouvernement - qui n'a pas réellement bénéficié d'une période de grâce - de s'atteler véritablement à gérer la sortie de crise dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il fallait s'y atteler avec beaucoup de doigté. Sous ce rapport, réussir à convaincre toutes les parties que la sortie de la crise passe par le dialogue était un défi que le gouvernement Dion Ngute a su relever avec beaucoup de satisfaction. Ce volet sécuritaire largement satisfaisant permet à l'économie nationale d'être résiliente dans un environnement très peu favorable. Le gouvernement Dion Ngute a donc le mérite d'avoir su préserver les acquis tout en se projetant à court, moyen et long terme dans la perspective de l'émergence du Cameroun à l'horizon 2035.

L'un des défis majeurs de ce gouvernement, comme vous l’avez mentionné,  a été incontestablement la gestion de la crise dans le  Nord-Ouest et le Sud-Ouest, à travers l'organisation du Grand dialogue national. Quelle appréciation ?

Il faut saluer l'organisation de ce grand moment de l'histoire politique  du Cameroun. En effet, le Grand dialogue national  est incontestablement l'événement marquant de l'an 1 du gouvernement Dion Ngute. Annoncé et convoqué le 10 septembre 2019 par le président de la République, le Grand dialogue national tenu du 30 septembre au 04 octobre 2019 s'est réalisé autour de huit commissions qui, chacune avait pour objectif d'adresser un aspect sui generis du « vivre ensemble » au Cameroun. Ce Grand dialogue national particulièrement mobilisateur a débouché sur des recommandations dont l'implémentation a commencé à se donner à voir avant la fin de cet instant de refondation du Cameroun, à travers l'arrêt des poursuites ordonné par le chef de l'Etat en faveur de centaines de personnes interpellées. Mais, la recommandation la plus satisfaisante reste celle de l'institutionnalisation d'un statut spécial en faveur des régions du Nord-Ouest  et du Sud-Ouest. Aujourd'hui, on peut apprécier l'effet de ce Grand dialogue national sur la décrispation politique au Cameroun. Il est certain que l'issue de cette instance contribue de manière décisive au retour progressif à la normale dans ces deux régions, comme le reconnaissent de nombreux observateurs et leaders d'opinion à l'instar du Cardinal Christian Tumi. De ce point de vue, l'organisation du Grand dialogue national, décidé par le chef de l’Etat est un point très positif du gouvernement Dion Ngute .

 

 

Quels sont les chantiers et les priorités qui incombent à ce gouvernement, en vue du renforcement de la stabilité et de l'accélération de la croissance ?

Il faudrait nécessairement garder le cap en matière de politique sécuritaire pour ramener définitivement la paix et la tranquillité dans les régions qui connaissent encore des problèmes sécuritaires. Certes, à l'Extrême-Nord, la situation a pu être stabilisée mais, la vigilance reste de mise. Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest méritent une attention particulière pour que la paix, condition essentielle du développement et de la croissance, rende possible le renforcement de la croissance économique. Le gouvernement devrait aussi travailler à affiner le marketing du Cameroun pour vendre cette destination dont l'image est ternie par certains à des fins inavouées. Une accélération des projets structurants engagés pour booster la croissance économique devrait aussi être le cheval de bataille du gouvernement pour rendre possible l'émergence à l'horizon 2035 tant souhaitée. Tout ceci devrait être fait pour, in fine, satisfaire les populations dont les attentes légitimes devraient être prises en compte pour être traduites en politiques publiques.

 

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